Gladys Masséna Merceron

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Comme par un acte de foi, elle s’est tapie dans l’ombre pour mieux transmettre la Lumière et le Savoir aux jeunes haïtiens. Traînant derrière elle une longue carrière dans la formation professionnelle, Gladys M. Merceron croit indéniablement que les métiers techniques représentent l’Avenir.

Pour donner une idée plus ou moins acceptable, peu ou prou définitive de la sexagénaire, disons d’emblée qu’elle est : « l’éminence grise de plusieurs générations d’hommes et de femmes ». Mère d’une fille unique dont elle est on ne peut plus fière, Gladys Masséna Merceron est originaire de la troisième ville du pays, les Cayes. Entre elle et ce bout de terre, situé à près de 200 kilomètres de la Capitale haïtienne, s’est établi une histoire d’amour viscéralement profonde qui jamais ne se dément. En effet, Gladys s’est fixée à Port-au-Prince après avoir bouclé ses études secondaires au Collège Saint Jean des Cayes. Adepte forcenée des valeurs cardinales, comme le « Respect de soi » et l’« Honnêteté », la Cayenne de souche ne hurle ‘‘Thank God is Friday’’ que pour sa ville natale où elle se rend régulièrement depuis quarante ans. C’est ainsi que celle que les proches surnomment « Manmie Gla» passent tous ses  week-ends, depuis toujours,  loin de la Capitale bruyante et grouillante parce qu’une attache indissoluble s’est nouée entre elle et les Cayes. 

 

Formée pour mieux former
Âgée d’un quart de siècle en 1983, Gladys Masséna était alors déjà Technicienne en Mécanique générale. En effet, trois ans auparavant, après ses études secondaires, elle avait choisi d’intégrer le Centre Pilote de Formation Professionnelle (CPFP) ; un choix qui, hier comme aujourd’hui, est de nature à surprendre une majorité considérable de parents et d’amis haïtiens, stéréotype de genre oblige. Trois ans plus tard, soit en 1986, Gladys entrait à la Faculté de Droit et des Sciences Économiques (FDSE) et en sortit certifiée en Droit en 1990. À celle qui connaît toute l’importance de se vêtir l’esprit de connaissances diverses, n’échappe pas l’importance d’un corps bien fringué. En 1991, Gladys Masséna a appris la Haute Couture à Vérona Académie (1992-1993), elle a étudié les Fondements biologiques du processus Enseignement/Apprentissage, à l’École Montessori d’Haïti. Pour Gladys, on dirait que toutes les professions se valent et que la noblesse d’une profession réside dans le choix personnel de celui qui l’apprend. Celle qui durant deux ans (1992-1994) a suivi des cours de Cuisine-Pâtisserie-Bar-Restaurant à l’école Hôtelière d’Haïti, pourrait bien chanter en chœur avec Jean Aicard : «On voit bien des sots, pas un sot métier. Et toute la terre est comme un chantier. Où chaque métier sert à tous les autres. Et tout travailleur sert le monde entier »

Entre passion et expériences…
Cette femme dont le visage cache parfaitement bien l’âge a gravi les  échelons, multiplié les expériences avant d’occuper, depuis 2015, la Direction du Centre Polyvalent de Formation Professionnelle de Carrefour (CPFP-C). Entre 1984 et 2015, elle a été tour à tour : Secrétaire exécutive au Service Œcuménique d’Entraide, Consultante-accompagnement d’organisation de femme en milieu rural, à Oxfam GB/INEADI-SEFADES ; Superviseuse de Programmes et Méthodes au Centre Polyvalent de Formation Professionnelle de Carrefour (CPFP-C) ; Assistante administrative du Programme d’encadrement de jeunes femmes et d’enfants (PEJEE) ; Cheffe de travaux au CPFP-C. Si aujourd’hui Manmie Gla vous dit que les métiers techniques sont des métiers d’Avenir, que la formation professionnelle est incontournable pour le développement durable d’Haïti, qu’il faut un renouvellement à grande échelle des équipements d’apprentissage des métiers techniques parce que depuis le 12 janvier 2010 davantage de jeunes souhaitent s’en approprier, écoutez-la ! Elle est la voix de l’Expérience !

Georges E. Allen