G5 Ayiti : de la poésie qui groove

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Ronald Vital, Slameur de G5. Photographies par Jonas L. Brice Poteau
Ronald Vital, Slameur de G5. Photographies par Jonas L. Brice Poteau

Combiner poésie et musique éducative pour faire découvrir des talents artistiques et véhiculer les messages du changement. L’initiative du G5 Ayiti est louable. Les performances du groupe sur scènes, à Port-au-Prince et dans certaines villes de province, sont d’ailleurs très appréciées. À la rencontre de ces artistes inédits.

Jeunes, fougueux, engagés et talentueux, le slam est le mobile qui réuni en 2015 les cinq musiciens. Clivens Dorlus était chanteur, Wedson Dalgé bassiste, Fednel Auguste guitariste, Ronald Vital et Frantz Eddy M. Petit Jean, dit T-Jean, étaient slameurs. Ensemble, ils ont créé un groupe de slam et de musique en novembre 2015 alors qu’ils s’amusaient à faire du jam chez eux. Pour combiner différents horizons artistiques, ces jeunes ont décidé d’unir leurs voix et leurs talents sous le label G5 Ayiti. Le rêve était de créer un groupe de slam et de musique différent de ceux de l’époque. Pour s’ouvrir à toutes les influences, le groupe mélange alors slam, rootz, variété française, jazz et reggae. Au cours de l’année 2015, G5 Ayiti s’est produit sur différentes scènes à Port-au-Prince (IFH, ENARTS, BNH, BNE, etc.) à l’initiative de Jimmy Borgella, fondateur de la compagnie de services aux bibliothèques BIBLIOTHECOM. Leurs prestations ont entraîné bien des spectateurs dans l’univers de la poésie urbaine et ont fait l’objet de nombreux commentaires littéraires dans la presse.

À force de faire usage de textes littéraires et de proverbes haïtiens dans leurs compositions, le quotidien Le Nouvelliste a même qualifié G5 Ayiti de « groupe de slam et de musiques éducatives ». Aux concerts de G5 Ayiti, tout est toujours surprenant, la voix d’or du chanteur et la verve des slameurs parfois teintée de lyrisme nous montrent une autre manière de s’exprimer. « L’activité Slam nous permet de faire découvrir l’art et les cultures urbaines à nos fans, de travailler notre expression verbale, nos émotions et d’améliorer notre estime de soi », confie le slameur Ronald Vital. Suite au départ de Wedson Dalgé et de Clivens Dorlus en 2016, G5 Ayiti a accueilli plusieurs nouveaux artistes : Jean Pierre Junior dit Jupy (chanteur), Esaïe Seriphin (batteur), Ronald Médélus (bassiste), Féguito François (tambourineur), Raymond Michena et Sowana Paul Toussaint (choristes).

G5 en concert.
G5 en concert.

Aujourd’hui, G5 Ayiti est au top de sa performance. « On crée une osmose entre la musique et le texte », déclare Vital. La musique accompagne le texte, lui donne plus de vie mais, pour autant, elle ne prend pas le dessus sur le texte. «L’un ne va pas sans l’autre », poursuit Ronald Vital avant d’ajouter: «Nous faisons un travail collectif. Dans notre groupe, chacun apporte des compositions qui sont travaillées ensemble. Nous sommes des jeunes bourrés de talents qui souhaitent proposer une nouvelle tendance musicale… ». Depuis sa création, G5 Ayiti a pris part à plusieurs festivals dont Kont Anba Tonèl, Festi Graffiti et le Festival de slam Krèm Lank. Le groupe a aussi réalisé une démo de quatre morceaux, appréciée tant en Haïti qu’à l’étranger : Le triangle de la femme, Au Bois Caïman, La conquête du paradis et Hit Haïti. Ce dernier titre est une chanson interprétée par plusieurs artistes qui extériorisent leur vision du monde en jonglant tantôt avec visions engagées et optimistes, tantôt avec constats pessimistes et réalistes. C’est une prestation pleine de sentiments accompagnée d’une mélodie entraînante. Après trois ans d’existence, G5 Ayiti s’apprête enfin à offrir son premier album « Ayabombe », dont la sortie est prévue pour l’été prochain.

Aljany N. Zephirin