Forêt des pins : un partenariat réussi

687
Photographies par Cossy Roosevelt / Challenges

À l’Unité II du Parc national naturel de la Forêt des Pins, 6 000 des 14 000 hectares de superficie totale sont aujourd’hui boisés alors que l’ensemble du site était menacé. Depuis 2003, année de lancement du projet Préservation et valorisation de la biodiversité (PVB) avec le soutien de la coopération Suisse et sous le parapluie des ministères de l’Environnement et de l’Agriculture, Helvetas maintient le pari. Visite des lieux.
Par Cossy Roosevelt

Mardi 8 mars, 8 h 30 du matin. Départ de Port-au-Prince en direction de Jacmel (Sud-Est d’Haïti). Nous roulons jusqu’à Marigot sur une chaussée asphaltée et bétonnée en certains endroits. Nous tournons le dos à la petite commune de Peredo et commençons une difficile traversée jusqu’à Mare-Briole pendant près de trois heures. Dernière étape, la plus difficile, Mare-Rouge. Vingt kilomètres de route étroite, défoncée et en dent de scie à parcourir pour atteindre le petit village qui héberge tous les cadres du projet Préservation et valorisation de la biodiversité (PVB). Dans les trois chalets, ils planifient les journées de travail et dorment à l’abri du froid. Au dehors, en temps normal, la température varie entre 10 et 12 degrés Celsius.

Mare-Rouge – section 2e Belle fontaine, commune de la Croix-des-Bouquets – se trouve à cheval sur les départements de l’Ouest et du Sud-Est. Culminant à plus de 1 500 mètres d’altitude et dotée d’une superficie boisée de 6 000 hectares, elle est l’une des rares réserves forestières d’Haïti protégées ayant une grande capacité d’infiltration des eaux atmosphériques, ce qui préserve donc les populations en aval des inondations. L’agronome Seth Pierre, chargé de programme à Helvetas, insiste sur l’importance capitale de l’Unité II du Parc national naturel de la Forêt des Pins (U2PNN-FP). « Sa destruction éventuelle, prévient-il, serait catastrophique avec de graves conséquences pour les communes de Tabarre, de Mapou et de Fonds-Verrettes notamment. » Jusque dans les années 2000, les 14 000 hectares de l’Unité II étaient livrés à des attaques répétées de spoliateurs venus de loin et de certains résidents des zones tampon. À mesure que le poids démographique de la population des localités établies aux alentours des périmètres définis augmentait, les pressions exercées sur ladite réserve devenaient de plus en plus importantes, aggravant ainsi les risques de mettre tout son écosystème et donc toutes les richesses de sa biodiversité en péril. En effet, le parc en question est caractérisé par une végétation naturelle dominée à plus de 99 % par le Pinus occidentalis, une espèce de conifère endémique à l’île d’Hispaniola et à la partie orientale de Cuba. Dans un document élaboré par des experts du projet PVB, il est rapporté également l’existence de bouquets de feuillus abritant une forte biodiversité.

 DEPUIS 2003, 6 000 hectares boisés sont préservés à l’Unité II du Parc national.
DEPUIS 2003, 6 000 hectares boisés sont préservés à l’Unité II du Parc national.

Améliorer l’assainissement
C’est dans l’objectif de préserver l’U2PNN-FP et de valoriser sa biodiversité qu’a pris naissance, en 2003, le projet PVB grâce au financement de la Direction du développement et de la coopération suisse (DDC). À partir de 2003, dans le cadre d’un partenariat entre Helvetas Swiss Inter-coopération (HSI), le ministère de l’Environnement (MDE) et le ministère de l’Agriculture, des Ressources naturelles et du Développement rural (MARNDR) haïtiens, ont été lancées de manière concrète les activités du projet en quatre phases : diagnostic et planification ; opérationnalisation des activités ; consolidation des actions testées au cours des deux premières étapes du projet et institutionnalisation des acquis obtenus. En termes de résultats, Helvetas s’appuie sur les 6 000 hectares boisés et protégés, le renforcement des capacités locales, l’amélioration de la sécurité alimentaire et l’établissement d’un dialogue politique.

« C’est l’une des rares fois qu’un partenariat entre une organisation non gouvernementale et des institutions de l’Etat débouche sur des résultats aussi concrets », se réjouissent les agronomes du projet (cadres du PVB, du MDE et du MARNDR). Les bénéficiaires retiennent, entre autres acquis, la construction de 325 citernes de 10 à 15 m3 d’eau et de 366 latrines familiales dans le cadre du programme AHEP (Assainissement, Hygiène et Eau Potable) avec les fonds propres de Helvetas, des interventions qui ont d’ailleurs permis de prévenir des cas de choléra dans les zones tampon.cha-ForetDesPins-CossyRoosevelt-0050-sm

Des gardes-forestiers pour protéger le site
Les 6 000 hectares boisés de l’U2PNN-FP sont préservés grâce à la vigilance d’un Corps de surveillance (CS) de 33 gardes-forestiers déterminés à protéger le site envers et contre tout. Ce sont des agents non armés, dont quatre femmes, sélectionnés sur une liste de 70 ayant pris part à une formation sur l’éducation et la sécurité environnementale. Mercredi 9 mars, à 10 heures du matin, devant leur quartier général (un bâtiment peint en vert, couleur de leur uniforme et sur lequel flotte le drapeau national bleu et rouge) plusieurs d’entre eux sont présents et s’apprêtent à se réunir pour planifier la journée de travail, non loin d’un centre de production de pépinières. A cheval, en quad ou à pied, ils patrouillent quotidiennement et par groupes de huit dans l’immense forêt de pins. Ils communiquent au moyen de leur téléphone portable pour repérer à temps des scieurs de bois ou tout spoliateur qui tente de s’y installer. Ceux qui sont surpris en flagrant délit sont arrêtés et déférés devant le Tribunal de paix de Belle-Anse (extrême Sud-Est). Ces cas sont toutefois relativement rares car les habitants des zones tampon sont sensibilisés sur la nécessité de s’impliquer dans les efforts de protection de la Forêt des Pins.

 LA FORÊT DES PINS est constituée à 99 % par le Pinus occidentalis, une espèce endémique à Hispaniola et Cuba.
LA FORÊT DES PINS est constituée à 99 % par le Pinus occidentalis, une espèce endémique à Hispaniola et Cuba.

Daniel Délicieux, le commandant en chef du Corps de surveillance, témoigne que son engagement, dans le cadre de ce projet vital pour Mare-Rouge, n’est pas seulement motivé – loin de là – par les 3 000 gourdes mensuelles que reçoit chaque membre du corps. Il faudra bien que les ministères de l’Environnement et de l’Agriculture trouvent les moyens de maintenir le Corps de surveillance en vie pour pouvoir sauvegarder l’Unité II de la Forêt des Pins. Quand on sait que l’Etat, dans le contexte actuel, ne dispose guère des moyens financiers pour pérenniser une telle initiative, les inquiétudes sont légitimes au sein des 50 000 personnes qui vivent aux alentours du Parc naturel.cha-ForetDesPins-CossyRoosevelt-0246-sm


 

cha-AVIS-GF-FDP-CossyRoosevelt-0210-smL’AVIS DE Oralus Louis

Président du Conseil de gestion de l’U2PNN-FP et cultivateur très actif

« TOUT LE SUCCÈS DU PROJET PVB RÉSIDE DANS L’ACCOMPAGNEMENT DES PAYSANS »

 

« Avant l’implémentation du projet PVB coordonné par Helvetas à Mare-Rouge, l’Unité II de la Forêt des Pins était en danger et les paysans évoluant au niveau des zones tampon étaient en situation de vulnérabilité. Or, ces derniers n’étaient pas vraiment conscients des menaces de la dégradation de l’environnement provoquées par la coupe des pins et le mode de culture pratiqué sur les pentes consistant à remuer le sol. Je faisais partie de ceux qui massacraient les pins mais, depuis que j’ai suivi des formations organisées par des cadres de Helvetas, je me suis converti en protecteur. Je participe aux campagnes de sensibilisation des membres de la communauté qui, aujourd’hui, comprennent la nécessité de s’impliquer aussi dans les efforts visant à protéger ce patrimoine. Tout le succès du projet PVB réside dans l’accompagnement des paysans pour le renforcement de la production maraîchère, l’amélioration de l’élevage des animaux et la prévention des maladies contagieuses dont le choléra par la construction de citernes et de latrines. Mais, il reste beaucoup à faire, notamment dans le domaine de la santé et de l’éducation pour espérer un développement durable à Mare-Rouge. »