EN HAÏTI, TOUT LE MONDE – OU PRESQUE – est détenteur d’une formule curative à base de plantes médicinales. Il suffit de tomber malade pour voir affluer les recettes. Chacun y va d’une formule de son cru ou léguée par les anciens. Le sirop d’oignon ou l’infusion d’hibiscus pour la grippe saisonnière. L’infusion d’asowosi pour la fièvre tenace. L’huile de palma-cristi pour les enflures. Le trois-hommes-forts – twa-zòm-fò – pour le diabète. Mais n’est pas docteur-feuille qui veut. Si la thérapie familiale échoue, les proches du malade se tournent alors vers le docteur-feuille, à la hounsi ou à la mambo, les seules suffisamment qualifiées et habilitées à soigner la maladie…

Et ce n’est que lorsque ces derniers se déclarent impuissants à guérir le malade que l’on se tourne finalement vers la médecine orthodoxe. La photo de la semaine immortalise en quelque sorte une phase de la cérémonie d’initiation des hounsis aux vertus curatives de la flore locale, telle que pratiquée dans l’Artibonite et ailleurs dans le pays. Sous la conduite d’une prêtresse – la mambo – et rassemblées dans une clairière, des hounsis chantent et dansent autour des « règlements », ces feuilles, tiges et racines de plantes diverses glanées au « Grand-bois » selon les instructions de loas guérisseurs. Le moment crucial de la cérémonie est l’invocation de Loko Atisou, le lwa qui connaît le mieux les vertus des plantes et qui est incontournable lors de l’initiation des « doktè-fey ». Une fois initiées, les nouvelles hounsis sont déclarées aptes à soigner les malades et à les protéger contre les « véditè », ces esprits malins nuisibles.

Max-Henri Alphonse