Comment faire face aux catastrophes naturelles ?

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GEORGES H. ROUZIER/ CHALLENGES

Une nouvelle saison cyclonique s’ouvre, pourtant les mêmes inquiétudes demeurent. Haïti reste toujours très vulnérable aux catastrophes naturelles. Quelque deux mois avant l’ouverture de ladite saison, certaines averses ont déjà occasionné de graves inondations notamment dans le Sud et dans l’Ouest. Prévention oblige, le pays doit se préparer à faire face à d’éventuelles intempéries majeures.
Par Guamacice Delice

H aïti et les catastrophes naturelles sont liés depuis toujours et le pays réussit rarement à faire face aux défis. Depuis 20 ans, le peuple paie un lourd tribut aux intempéries et tremblements de terre. Les pertes en vies humaines sont souvent aussi élevées que les plantations et les maisons détruites. Chaque fois, les autorités se contentent de constater les dégâts alors que des organismes dont la mission consiste à faire baisser les risques ne parviennent même pas à les anticiper. À l’occasion de la saison cyclonique 2017, des Haïtiens craignent de ne pas pouvoir compter sur l’État et s’interrogent sur les moyens mis en œuvre pour les aider à faire face aux aléas naturels.

Certes le séisme du 12 janvier 2010 reste la catastrophe la plus meurtrière et la plus dévastatrice que le pays ait connue. Cependant, au cours des deux dernières décennies, les intempéries qui ont frappé Haïti ont contribué à affaiblir les capacités et moyens de subsistance des Haïtiens, déjà en proie à une pauvreté chronique. Nous voulons parler des tempêtes tropicales, cyclones et ouragans comme Georges (1998) ; Ivan et Jeanne (2004); Denis, Wilma et Alpha (2005) ; Fay, Gustav, Hanna et Anne (2008) ; Isaac et Sandy (2012) ; et Matthew (2016), ouragan qualifié de monstre par les habitants de la Grand-Anse. Sept mois après le passage de Matthew, l’État n’a toujours pas répondu aux attentes de la population grand-anselaise qui peine à se relever.

Gestion des risques et désastres :
DPC et COUN

Si la prévention est l’affaire de toutes les institutions sociales du pays, c’est la Direction de la Protection Civile (DPC) qui s’occupe essentiellement de la gestion des risques et des désastres (GRD) sur tout le territoire haïtien. Bien avant, en1983, l’Organisation de Pré-Désastre et de Secours (OPDES) « avait pour tâche d’organiser les opérations de réponse et de mettre sur pied des structures locales de réponse aux urgences ». Le 31 mai 1986, un décret a confié cette responsabilité à « la Protection Civile », une unité du Ministère de l’Intérieur. Cette unité a été transformée en Direction de la Protection Civile (DPC) en 1997. La mission de la DPC est « de coordonner toutes les opérations de réponse aux urgences et toutes les actions de gestion du risque, particulièrement face aux urgences et désastres ». En 1998, cette Direction est chargée de « créer et de mettre en œuvre » un Système National de Gestion des Risques (SNGR), dont le Plan National de Réponse aux Urgences (PNRU) est une composante qui « doit souligner les rôles et les responsabilités des organisations gouvernementales et non gouvernementales dans la réponse aux désastres »

Aujourd’hui, la DPC est l’opérateur principal du Système National de Gestion des Risques et Désastres (SNGRD) à travers le Centre d’Opération d’Urgence National (COUN) basé à Port-au-Prince et les Centres d’Opération d’Urgence régionaux (départemental, communal et local). Elle remplit une fonction intergouvernementale de coordination « des activités de réponse aux urgences et de reconstruction suite à un désastre ». Ses tâches sont donc administratives et programmatrices et se déclinent avant et après les urgences. Outre la coordination des Centres d’Opération d’Urgence et l’assistance aux comités départementaux, municipaux et locaux sur les sites sinistrés, la DPC développe et met en œuvre les fonctions de réponse aux urgences de concert avec les Comités thématiques institutionnels / sectoriels et assure régulièrement la formation liée aux urgences.

UNE COULÉE de boue rend le Commissariat de Martissant inaccessible

Elle assure également « la notification, l’activation, la mobilisation, le déploiement, la dotation en personnel et le montage des installations ». La DPC offre aussi son « assistance dans les domaines de la gestion de la logistique, des communications et des technologies de l’information, de l’information du public, de la collecte, de l’analyse et de la diffusion des informations ».

Jerry Chandler…aux commandes ?

La DPC peut-elle protéger les Haïtiens en cas de catastrophes naturelles ?  Nous espérions obtenir la réponse du nouveau directeur de la Protection Civile, le Dr Jerry Chandler installé le vendredi 5 mai 2017 en remplacement d’Alta Jean-Baptiste. Alors que trois jours plus tôt il nous avait proposé de nous recevoir, il a jugé bon de décommander le jour même de l’entretien, prétextant des instructions  qu’il aurait reçues pour ne parler que des activités relatives au lancement de la saison cyclonique. Ainsi obligés de nous orienter vers une source secondaire, nous interrogeons des membres du personnel dont l’un admet que le nouveau DG pourrait ne pas encore maîtriser son dossier. « À moins d’être porteur de nouvelles directives de la part de l’administration centrale, le directeur n’a qu’à appliquer la politique de son prédécesseur en la matière », a estimé cet agent de la fonction publique qui requiert l’anonymat.

CIRCULATION des piétons et des véhicules extrêmement difficile à Martissant après les averses du 24 avril 2017

Le « report » de l’entrevue laisse croire que le nouveau chef de la DPC / COUN ne contrôle pas la situation à 3 semaines seulement de l’ouverture de la saison cyclonique. Ceci explique que les Haïtiens se demandent encore et à juste titre si le pays sera bientôt doté d’un système fiable de prévention des catastrophes naturelles.

Il n’en reste pas moins que depuis son installation à la tête de la DPC, le docteur Jerry Chandler multiplie les réunions de travail avec les partenaires pour mieux harmoniser les programmes d’intervention sur le terrain afin de prévenir et de limiter les risques et désastres pendant la saison cyclonique 2017. Il s’agit de pouvoir, en cas de catastrophes naturelles, évacuer à temps les populations des zones vulnérables et assister toute personne en situation difficile. Les équipes de terrain ayant suivi des formations et des entraînements adéquats se disent prêtes à faire face à toute éventualité.

Quel est le rôle du CNM ?

Pour lancer les alertes, le Centre National de Météorologie (CNM) est l’un des outils les plus importants de la Direction de la Protection Civile. En effet, les ordres d’évacuation, les mobilisations et les interventions dans un lieu ou dans un autre dépendent des prévisions du CNM. La Direction de la Protection Civile déploie des équipes sur le terrain et, avec la contribution des partenaires nationaux et internationaux, dispose de moyens logistiques pour lancer ses opérations de secours pendant le passage d’un ouragan par exemple. C’est ainsi que la Direction de la Protection Civile, consciente des menaces que représentait l’ouragan Matthew en octobre dernier, avait déclenché la grande mobilisation quelques jours avant le passage du cyclone de catégorie 4. Ceci aura à l’évidence permis de limiter les pertes en vies humaines et en dégâts matériels dans certaines communes affectées. La DPC peut  également se vanter d’avoir réussi à éviter une épidémie de choléra de grande ampleur dans les zones gravement sinistrées, en effectuant des interventions en termes d’assainissement et en menant une campagne de vaccination à dose unique.

Ces dernières semaines, le Centre National de Météorologie (CNM) s’attelle à mettre en garde la population contre les risques imminents d’inondations, d’éboulements et de glissements de terrain. Au début du mois de mai, au moins deux personnes ont été tuées dans le Nord, à l’occasion des pluies diluviennes qui s’abattaient sur le pays.