Exportations : Un nouveau départ ?

168
TIMOTHÉ JACKSON / CHALLENGES

2016 sera-t-elle l’année des exportations ? Quelles sont les principales filières à dynamiser ? Quelles sont les attentes des principaux importateurs à l’occasion ? Un effort assidu doit être entrepris en 2016 afin d’améliorer le flux des exportations du pays pour ainsi réduire le déficit de la balance commerciale. Comment s’y prendre ?
Par Tania Oscar 

En 2016, Haïti doit prendre un nouveau départ, exporter sans cesse pour atteindre la croissance. Il faudra apprendre à vivre avec nos moyens et développer nos filières de production, explique Wilson Laleau, ministre de l’Economie et des Finances, en sortant de son bureau, lorsque des journalistes cherchent à connaître son opinion sur les filières de développement durable et le bilan de l’année 2015. Au cours de l’année fiscale 2014-2015, selon la direction des Etudes économiques du ministère, Haïti a dépensé en importations 4,5 milliards de dollars US alors que ses filières de production n’ont rapporté qu’1,2 milliard. Les transferts de la diaspora n’ont pas dépassé 2,2 milliards et les pressions sur le marché des changes ont été si fortes qu’en décembre 2015 le dollar a atteint les 57 gourdes.

« Les filières de production d’Haïti dépendent en grande partie des activités agro-industrielles et de l’exportation de la banane, des mangues, du cacao, du café, des produits textiles, du vétiver et d’autres secteurs porteurs. En 2016, elles peuvent représenter la solution idéale pour diminuer le déficit commercial et stopper le déficit budgétaire », estime Serge Merger, du Fonds de développement industriel.


Banane
TIMOTHÉ JACKSON / CHALLENGES

Des aides à l’exportation

Les avantages offerts à Haïti pour ses produits sont multiples. Le CBI (Caribbean Basin Initiative), l’Accord de Cotonou, l’EBA (Everything but Arms / Tout sauf les armes), Hope, Help, etc. ont accordé à Haïti des facilités multiples dont les accès en franchise de droits d’entrée. Haïti est bénéficiaire du SGP (système de préférences tarifaires de l’Union européenne) offert aux pays les moins avancés (PMA), des facilités du Caribbean Basin Trade Partnership Act (CBTPA) dont jouissent 24 pays des Caraïbes dans le domaine textile, de divers avantages douaniers auprès du Caricom depuis son alignement sur le Tarif extérieur commun (TEC). Haïti devrait aussi être bénéficiaire de l’Accord de partenariat économique (APE) signé depuis le 10 décembre 2009 avec les pays ACP (Afrique, Caraïbe, Pacifique) qui n’a jamais été approuvé par le Parlement. C’est là que le bât blesse.


La filière du textile

« C’est surtout le textile qui représente 90 % des exportations haïtiennes à partir de matières premières importées », rappelle le ministre du Commerce, Jude Hervey Day. Les droits de douane sont exonérés dans le cadre de l’accord de libre-échange Hope/Help. D’où l’urgence en 2016 de bien gérer les nouveaux investissements annoncés, de la Corée du Sud ou encore de la Chine. La loi Help (Haiti Economic Lift Program) prolongée jusqu’en 2025 a augmenté pour 2016 les quotas d’importation de matières premières et les taux d’exportation vers le marché américain au niveau de la production.
De nouveaux parcs industriels et des micros parcs sont prévus dans le pays qui doit s’ouvrir à d’autres investisseurs. Mais l’un des plus grands problèmes pour les investissements tournés vers le textile demeure la question des ports non aménagés, surtout au Cap-Haïtien où les navires d’embarquement de containers se trouvent ralentis par l’absence de conditions techniques acceptables.

Une production de qualité 

En dehors du textile, les autres produits représentent environ 10 % des exportations, que ce soit au niveau des mangues, de la banane, du café, du cacao ou encore des huiles essentielles. « Les échanges restent toujours défavorables avec une accélération du déficit commercial, affirme Wilson Laleau. En 2016, les dons vont continuer à baisser. Il faudra donc trouver les stratégies de croissance nécessaires pour faire face aux urgences économiques et relancer la production entraînant par voie de conséquence la hausse des exportations. » La mise en place de ressources matérielles suffisantes capables de relancer la production et la mobilisation de ressources humaines qualifiées sont les nouveaux objectifs, à la fois de l’Etat et du secteur privé. Mais il ne faut pas oublier que les filières d’exportation exigent une production de qualité. Les pays importateurs, pour leur part, souhaitent que les filières d’exportation d’Haïti soient libérées des entraves qui limitent la croissance de la production et la conditionnent à des quotas d’exportation trop bas. Pour obtenir la croissance en 2016, il faudra produire, obtenir des subventions à l’exportation et investir.


TOMATE.
TIMOTHÉ JACKSON / CHALLENGES

Les 25 principaux pays importateurs d’Haïti

Les 25 principaux pays importateurs d’Haïti sont les Etats-Unis, le Canada, l’Allemagne, la France, la Chine, l’Argentine, le Brésil, le Japon, l’Espagne, les Pays-Bas, la Corée du Sud, l’Inde, le Mexique, la Suisse, l’Algérie, l’Italie, la République Dominicaine, la Jamaïque, le Costa Rica, les Emirats Arabes Unis, le Vietnam, Taiwan, le Venezuela, l’Equateur et le Nicaragua. Ces grands importateurs souhaitent voir les exportations se diversifier et la production s’accroître. A Haïti de trouver en 2016 les moyens de diversifier les marchés. Il serait souhaitable également, selon de nombreux hommes d’affaires haïtiens, de percer de nouveaux marchés dont ceux du Caricom et de Cuba.


textileinHaiti
MARIE ARAGO

Les 10 plus grandes filières

Les filières d’exportation actuelles d’Haïti ne sont pas nombreuses. La plus importante d’entre elles est le textile, produit aux parcs industriels de Sonapi, Codevi, ou Caracol. Elle représente environ 900 millions de dollars. Les huiles essentielles, avec le vétiver, se trouvent en 2e position aux côtés des parfums et cosmétiques (20 millions). La banane, les fruits, les écorces d’agrumes et les melons suivent avec 17 millions. Les ouvrages en cuivre sont exportés à hauteur de 15 millions de dollars US. En 5e position, les fruits de mer ont dépassé les 12 millions. Le cacao représente entre 5 et 6 millions contre près de 3 millions pour les boissons et vinaigres. Au 8e rang, le café et les épices ont rapporté pour plus de 2 millions en 2015 alors qu’il y a 15 ans, cette filière dépassait le chiffre d’affaires de 10 millions. Les exportations de café baissent de plus en plus alors que les plantations occupent 12,1 % de la couverture boisée. Pour pouvoir relancer la filière en 2016, il faudra stopper les maladies qui attaquent les caféiers. A la 9e place dans la liste des exportations se trouvent les déchets métalliques (environ 1 million) juste devant le rhum et les liqueurs haïtiennes (1 million). Jusqu’à présent, les entreprises haïtiennes qui exportent se trouvent ralenties par l’absence de crédit et les taux d’intérêt trop élevés. Les urgences à résoudre selon elles sont d’abord de faciliter un crédit à des taux d’intérêt abordables et de travailler pour qu’Haïti devienne un Etat émergeant. « Sans émerger sur le dos des ouvriers avec des salaires de misère », ajoute l’économiste Camille Chalmers.