Etats-Unis : Pauline Jean, la voix du kreyol jazz

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D.R.

Avec sa voix de contralto et ses textes qui puisent dans le répertoire haïtien, Pauline Jean réussit à marier avec brio le jazz moderne à ses racines haïtiennes. Cette superbe ambassadrice du talent haïtien vient de sortir son deuxième album aux États-Unis.

Comme bon nombre d’artistes talentueux originaires d’Haïti, Pauline Jean risquerait d’être plus connue internationalement qu’en Haïti, si le Festival de jazz de Port-au-Prince ne s’en était mêlé en la présentant au public haïtien. New-Yorkaise, née de parents haïtiens, elle a étudié le chant au Berklee College of Music et a développé un style de jazz vocal avec une approche nouvelle à laquelle elle mêle avec tact ses racines. Son répertoire comprend des compositions originales, des arrangements originaux de standards du jazz, du blues et du kreyol jazz, mais aussi des interprétations inspirées de chants traditionnels haïtiens. Elle a collaboré, pour son premier album, avec des artistes tels qu’Alvin Altkinson, Markus Schwartz ou Jean Caze. Elle a participé plusieurs fois au Festival international de jazz de Port-au-Prince. Lors de la dernière édition, en janvier 2016, on l’a retrouvée sur la scène dans une formation unique – le Haitian All Stars Jazz – qui regroupait les meilleurs musiciens de la scène jazz haïtienne.

Ce sont d’ailleurs, pour la plupart, ces musiciens qui l’accompagnent sur NWAYO, son album sorti aux Etats-Unis en mai dernier. On y retrouve Axel Laugart (piano), Jonathan Michel (basse), Obed Calvaire (batterie), Jean Caze (trompette), Godwin Louis (saxophone alto), Jean Mary Brignol (percussions) et Markus Schwartz (percussions). L’album a été enregistré, mixé et mastérisé par l’ingénieur du son Jeremy Loucas, plusieurs fois récompensé par des Grammy Award.

Des festivals dans le monde entier
Compositrice, arrangeur et chanteuse, Pauline Jean est évoquée par les spécialistes comme « une belle étoile montante… Elle chanta de sa voix de contralto chaudement voilée, parfois canaille à la Dee Dee, très “rauque’n’roll”, aussi bien en anglais, espagnol que, bien sûr, en créole. On n’oubliera pas de sitôt son envoûtante version de Here’s To Life où elle sut, comme Shirley Horn, sans mimétisme ni maniérisme, avec une sensualité toute féline, déployer son art de l’ellipse et de la lenteur, sa science érotique du suspense et du silence », écrivait Pascal Anquetil dans Jazz Magazine, à propos de sa dernière prestation au Festival de Port-au-Prince. Invitée dans de nombreux festivals à travers le monde – Barbade, République dominicaine, Estonie, Finlande, France, Haïti, Israël, Liban, Russie, Suisse, Royaume-Uni ou îles Vierges américaines –, elle a également collaboré avec la célèbre auteure Edwidge Danticat et des artistes de renom comme le pianiste classique Denis Matsuev, les frères Ivanov, Emeline Michel et Wyclef Jean, pour ne citer qu’eux. Son timbre particulier, sa présence et ses influences haïtiennes se conjuguent pour lui donner une originalité inventive. La voix, les compositions et les interprétations de Pauline Jean comblent les fanatiques de jazz et les amoureux du kreyol jazz, autant qu’un public qui aime la bonne musique et retrouver le goût particulier d’Haïti sur une scène du bout du monde.

Stéphanie Renauld Armand