Essai: Quand Pierre-Raymond Dumas écrit ses mémoires

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Georges H. Rouzier / Challenges

PIERRE-RAYMOND DUMAS a été ministre de la Culture et de la Communication.

L’ancien ministre de la Culture et de la Communication de Garry Conille, Pierre-Raymond Dumas, vient de publier un ouvrage – Que c’est triste d’être ministre sous Martelly !… – dans lequel il se montre amer sur le temps de son portefeuille ministériel.

Pierre-Raymond Dumas est l’un des écrivains et hommes d’Etat les plus attachants de notre génération. A l’instar de Roland Dumas, le ministre des Affaires étrangères du président François Mitterrand, qui publia Coups et blessures, révélant mille dédales inconnus, Pierre- Raymond Dumas, l’ex ministre haïtien de la Culture et de la Communication (décembre 2011-mai 2012), publie un remarquable ouvrage sur la présidence de Michel Martelly.

Un écrit téméraire

Pierre-Raymond Dumas a voulu être téméraire, publier ses mémoires sur la présidence Martelly, sans attendre son départ. Que c’est triste d’être ministre sous Martelly !… de Pierre-Raymond Dumas est bouleversant. Il parle pour tous ceux qui n’osent dire mot des incohérences vécues. Il se démarque des autres qui gardent le secret du silence. Son expérience au cabinet ministériel lui a laissé à l’évidence, comme à d’autres ministres, un goût amer. Une écriture rapide, des réflexions hâtives, une sensibilité à fleur de peau, Pierre-Raymond Dumas qui n’a jamais dit de mal de personne, si généreux et ouvert d’esprit, semble cette fois être vraiment en colère dans sa parfaite désillusion. Il évoque sans mettre de l’eau dans sa bouche « la nature nauséeuse et conflictuelle » du pouvoir (p. 56), son comportement « théâtral insolent et révoltant » (p. 71) le mépris d’un Premier ministre (Garry Conille, en couverture du livre avec l’auteur) auquel il ne fut même pas permis de nommer un balayeur.

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Sans ancrage idéologique

Pierre-Raymond Dumas frappe fort. Il estime que le pouvoir s’est montré « sectaire et d’une férocité exclusiviste incroyable » (p. 129), met en avant « l’expérience de la duplicité, de la traîtrise et de la lâcheté » (p. 240). Il n’est pas tendre vis-à-vis de certaines personnalités encore en poste et présente le gouvernement auquel il a appartenu comme une machine « sans ancrage idéologique ». A la fin d’un ouvrage que Pierre-Raymond Dumas a écrit sans s’essouffler, il livre une note somme toute positive au-delà de la « hideuse réalité » qu’il affirme avoir rencontrée en tant que ministre de la Culture et de la Communication. Il croit que, malgré tout, Haïti n’a rien à regretter pour son avenir : « Tout gonflé encore d’espoir, Haïti est surtout un pays conservateur qui souffre d’un déficit d’adhésion a un projet commun de développement. » Enfin, il reconnaît que ce qu’il a vécu « ne mérite ni la pitié ni les sentences pompeuses ».