En cuisine, les femmes sont chefs !

203
BIANKA STECHER revisite la cuisine haïtienne en utilisant des produits du terroir. Photo par Franckenson Lexis / Challenges

Alors qu’à la maison ce sont souvent les femmes qui cuisinent, le monde de la gastronomie et des chefs est très macho depuis des siècles. Heureusement, les temps changent et les femmes reprennent (un peu) la main sur les fourneaux. En Haïti aussi ! Rencontre avec deux fées de la fusion.

Dans le monde entier, les hommes s’arrogeaient jusque-là, non seulement les premières places du palmarès étoilé mais aussi la plupart des métiers en cuisine. « La cuisine est une forge où l’on passe une grande partie de sa journée, dans une ambiance de salle d’armes », reconnaissait en 2012 Marc Meneau, un chef étoilé d’un grand restaurant de Vézelay, en Bourgogne, dans un article du Parisien. Bref, un endroit un peu trop cru pour les femmes. La tendance change depuis 2005 dans le pays de la gastronomie comme dans le monde entier dont Haïti. Lors de la dernière grande rencontre de chefs haïtiens et internationaux lors de Goût et Saveurs, on dénombrait un tiers de femmes chefs ! Haïti n’est donc pas à la traîne de cette tendance. Challenges a rencontré deux femmes chefs, connues et reconnues pour leurs talents, qui expliquent pourquoi elles réjouissent nos papilles.

Stéphanie Renauld Armand


Arielle Faubert

ARIELLE FAUBERT, Chef et propriétaire de Papaye à Pétionville, elle vient d’ouvrir un deuxième restaurant, idéal pour les déjeuners légers et rapides : Ananas. Photo par tatiana mora liautaud / Challenges
ARIELLE FAUBERT, Chef et propriétaire de Papaye à Pétionville, elle vient d’ouvrir un deuxième restaurant, idéal pour les déjeuners légers et rapides : Ananas. Photo par Tatiana Mora Liautaud / Challenges

« C’est difficile d’être une femme chef car dans le monde entier c’est un métier dominé par les hommes »


Son parcours
« J’ai étudié la cuisine au French Culinary Institute de New-York, désormais connu sous le nom d’International Culinary Intitute, sous la férule d’Alain Sailhac (Le Cirque), André Soltner (Lutèce) et Jacques Pépin. Durant mes études, j’ai effectué des stages dans plusieurs restaurants pratiquant différents types de cuisine du monde, à New York et Washington. De retour en Haiti, j’ai lancé Papaye, d’abord à Musseau, puis rue Métellus. »

Sa passion
« Ce qui m’a motivée pour ce métier, c’est la joie et la passion que je ressentais à chaque fois que je cuisinais pour moi-même et pour mes amis. S’asseoir ensemble, vivre des bons moments, et tout cela autour de la nourriture, cela me rendait heureuse. Les plus beaux moments dans mon métier sont ceux où les convives me disent combien ils ont passé un bon moment au restaurant. Satisfaire un client c’est tellement gratifiant ! »

Son challenge en tant que femme chef
« En fait, oui c’est difficile d’être une femme chef car dans le monde entier c’est un métier dominé par les hommes. La cuisine est un lieu très physique et peu de personnes s‘en aperçoivent… C’est épuisant, il faut être résistante et toujours prouver que vous pouvez faire “aussi bien”. »

Sa cuisine
« Je définirais ma cuisine comme une cuisine des îles… et du monde. J’aime toucher un peu à tout, cuisiner avec les ingrédients locaux, tout en essayant de faire découvrir d’autres cultures aux palais. Mais pour moi, rien ne vaut la cuisine haïtienne que j’adore. Je pense que certains des plus grands chefs du monde sont ici, sur cette île magnifique ! »


Bianka Stecher

BIANKA STECHER, Après avoir créé le restaurant Lunch Box à Pétionville en 2009, elle vient de s’installer aux Jardins du Mupanah, sur le Champ de Mars. Photo par Franckenson Lexis / Challenges
BIANKA STECHER, Après avoir créé le restaurant Lunch Box à Pétionville en 2009, elle vient de s’installer aux Jardins du Mupanah, sur le Champ de Mars. Photo par Franckenson Lexis / Challenges

« Talent, passion et créativité ne sauraient se limiter à une affaire de genre ! »

 

Son parcours
« J’ai grandi dans la cuisine du restaurant mon arrière-grand-père, Aux Cosaques. C’est peut-être ce qui m’a préparé au travail d’équipe et sous pression. J’ai étudié à l’Ecole hôtelière de Lausanne en Suisse, un programme de quatre ans complété d’un stage de six mois à la Tour d’Argent à Paris, puis un autre au Ritz Carlton de Saint-Thomas. Après une expérience en hôtellerie et dans les vins et liqueurs en Haïti, je me suis lancée avec Lunch Box. »

Sa passion
« J’ai réalisé le rêve qui m’avait toujours habité, l’art culinaire. J’y exprime ma créativité à travers la cuisine et j’aime surtout faire découvrir aux autres ce plaisir, cette expérience gastronomique et du service. Avec le retour que j’ai de mes clients, cette passion ne cesse de grandir en moi et ce besoin de repousser les limites fait partie de mon quotidien. Car le vrai défi dans ce métier, ce n’est pas de faire venir les clients mais de les faire revenir. »

Son challenge en tant que femme chef
« Les difficultés que l’on rencontre dans ce secteur sont multiples mais cela oblige à être encore plus imaginative. Je ne sais pas pour ailleurs mais en Haïti, les femmes chefs ont su s’imposer. Certes dans le passé, c’était un monde d’hommes sans trop savoir par quel préjugé. Talent, passion et créativité ne sauraient se limiter à une affaire de genre ! »

Sa cuisine
« Je dirais que c’est une cuisine haïtienne revisitée en utilisant des produits du terroir à des fins gastronomiques pour n’avoir rien à envier à la gastronomie mondiale. En plus, ce sera ma contribution pour redynamiser la consommation locale ! »