Élections : Des stratégies psychologiques de diversion

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Ghislene Meance est docteure en Psychologie et présidente du Multicultural Counseling and Testing Center dans le New Jersey (USA). Diplômée de l’Université de Chicago, et du Centre haïtien de formation des journalistes,  elle s’est spécialisée dans les approches de comportement. Emilie Meance

La diversion est par définition l’acte de détourner l’attention du public d’un problème ou d’un autre. Parfois plusieurs problèmes à la fois. C’est l’une des stratégies psychosociales les plus utilisées par ceux qui cherchent à monopoliser un  certain contrôle social. Alors on embellit l’espace et on le saupoudre de faits divers visant à distraire le public y compris les journalistes et les observateurs. Ces derniers deviennent sans se rendre compte eux-mêmes des acteurs de diversion. Les Etats-Unis s’apprêtent à organiser des élections présidentielles le 4 novembre 2016. Imaginez CNN publier en titre « Breaking News… Tout se passe bien, rien d’autres à signaler ! » Quelle serait la réaction de  l’audience américaine ?

Après les élections, nous avons décidé de prendre aussi notre temps avec le sentiment que quelqu’un compte et recompte pour s’assurer que chacun de nos votes compte. « Avèk pasyans nap wè tete foumi » donc, calmons-nous et attendons-nous encore à un miracle ! Et même les « lougarou » rentrent leur queue… On  s’assoit tout simplement sur un volcan ! Chauffons nos bananes mais… « tout pra l mi ansanm ! ».
Par ailleurs, la stratégie du différé a facilité l’utilisation de la stratégie du « dégradé » qui permet  d’obtenir l’accord du public dans le présent pour une éventuelle application dans le futur. Les élites politiques comprennent qu’il est plus facile  d’accepter un sacrifice futur qu’un sacrifice immédiat.  L’ Haïtien, de par sa culture, espère toujours que tout ira mieux. « Kou machinn nan deplase tout moun ap jwenn plas. » Ensuite on joue sur l’émotion du public mais pas sur sa capacité de réflexion.
Le vernaculaire électoral l’a bien montré à travers les diminutifs comme les « ti » les « tèt » les « pitit » et autres noms dérivés qui tapent sur des cordes émotionnelles. C’est le carnaval électoral au système limbique du cerveau de  l’Haïtien ! On prétend connaître l’individu mieux qu’il ne se connaît lui-même. On s’adresse au public comme à des enfants en bas âge.
Le ton infantilisant provoque une réponse infantilisée, c’est-à-dire une réponse dénuée de sens critique ou rationnel. Le public est donc encouragé à se complaire dans la médiocrité ! Les réseaux sociaux facilitent l’utilisation de cette stratégie du dégradé qui est vieille de plusieurs siècles !
Dans quel autre pays serait-il admis de manger dans une salle de vote ? Cela n’a pourtant pas étonné le public quand il a vu arriver ces assiettes en foam. Il s’est tout simplement retiré pour laisser passer les bons samaritains ! Cela a joué sur les émotions ! Au contraire, on félicite les acteurs qui ont encore apporté la solution magique de nourrir leurs frères ! On a tellement faim ! On est prêt à tout pour manger même voter deux fois ou changer carrément son vote. « Sak vid pa kanpe ! »
Ouvrir le rideau sur le registre émotionnel du public donne accès à son subconscient. Dès qu’on ouvre la porte du subconscient, on peut y planter un jardin d’idées, de désirs, de peurs ou de comportements. De cette manière, des comportements autrefois décriés et qualifiés d’inacceptables dans la culture haïtienne sont tout à coup qualifiés de « cool » et le vulgaire devient carrément la norme.

« LES ÉLITES POLITIQUES COMPRENNENT QU’IL EST PLUS FACILE D’ACCEPTER  UN SACRIFICE FUTUR QU’UN SACRIFICE IMMÉDIAT »