Élection présidentielle: Les dix grands défis du futur président

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Dernière ligne droite pour la présidentielle. Les 53 candidats en lice se préparent à subir le verdict des urnes le 25 octobre prochain. Le match est rude et laisse présager un second tour. Toute une bataille pour diriger un pays ravagé par vingt-cinq ans de crises politiques et de catastrophes naturelles.
Par Cossy Roosevelt

Aujourd’hui plus que jamais, il y a un pays à reconstruire et un peuple à sortir du sous-développement chronique. Cette prise de conscience est manifeste chez les différents acteurs de la société civile qui, d’une certaine manière, a poussé plus d’une centaine de partis et regroupements politiques à vouloir proposer à la nation haïtienne une forte personnalité pouvant jouer le rôle de « sauveur ». Ils sont actuellement 53 sur la liste des agréés et qui connaissent les défis à relever. En effet, les 53 candidats se présentent à la population comme les plus capables à assumer la lourde responsabilité de gérer Haïti pendant les cinq prochaines années. Mais, lequel des 53 prétendants pourra effectivement relever les grands défis de l’heure?

La question est posée sans détour. Parmi les 53 candidats, l’un d’entre eux devra faire face aux challenges sans s’enliser dans des crises interminables au cours de son mandat présidentiel. La politique de sauvetage s’avère urgente compte tenu du contexte politique, social et économique. Les défis sont multiples et l’élu devra s’attaquer aux plus urgents.

Réformer l’Etat
Aussi paradoxal que cela puisse paraître, l’exécutif contrôle le législatif alors que ce devrait être le contraire. Le président de la République qui, assez souvent, ne dispose de majorité au niveau des deux chambres, met en place des blocs parlementaires acquis à sa cause et utilise toutes les straté- gies possibles pour faire éclater les groupes de l’opposition. L’exécutif est souvent accusé de mainmise sur la justice, le troisième pouvoir indépendant de l’Etat aujourd’hui totalement affaibli. L’exécutif, se comportant en super-pouvoir, agi dans bien des cas en dehors des prescrits constitutionnels. Dans chacune des institutions de l’administration publique, un repré- sentant du président et du Premier ministre s’assure que les volontés du pouvoir sont satisfaits. Au-delà de ces caprices, chacun cherche à satisfaire ses propres intérêts. Et c’est souvent la corruption qui domine. Il y a urgence de réformer de l’Etat pour pouvoir assainir l’administration publique et entrer définitivement dans l’ère de la bonne gouvernance.

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LE DÉVELOPPEMENT DURABLE d’un pays passe par l’éducation.

Garantir la stabilité d’Haïti
La stabilité du pays est un défi majeur qui exigera du prochain président des efforts considérables. Tout d’abord, il lui faudra mettre sur pied un gouvernement d’union nationale. Toute exclusion suscitera une opposition précoce qui sera alimentée par les moindres erreurs du pouvoir. Les candidats les plus confiants se préparent déjà à convoquer une conférence nationale impliquant tous les acteurs politiques et la société civile large. Ce faisant, une ère de stabilité durable pourrait voir le jour en février 2016, stabilité indispensable à l’exécution des programmes de développement.

Adapter la constitution
La constitution devrait s’adapter aux réalités actuelles. Ce qui sous-entend que des articles de la charte fondamentale de 1987 amendée devront être modifiés ou redéfinis. Le premier pas consiste à organiser une réflexion nationale profonde avec l’implication des parlementaires, des membres du gouvernement, des membres de la classe politique et des représentants de la société civile élargie. Développer une économie et combattre le chômage La lutte contre le chômage est l’une des meilleures façons d’améliorer les conditions d’existence de la population. Cette lutte passe par la création d’emplois durables à l’échelle nationale. Ce qui permettra du coup de déconcentrer la république de Portau-Prince qui absorbe plus de 50 % des opportunités d’emplois. Voilà un défi que tous les candidats à la présidence s’engagent à relever en proposant des stratégies de développement économique qui stimuleraient les secteurs capitaux tels l’agriculture et l’industrie. Et en plus des grands travaux, il faudra aider à la construction des immeubles grâce aux financements des banques de développement internationales. Enfin, il faudra également défendre les investissements haïtiens et développer une protection douanière forte.

Atteindre l’autosuffisance alimentaire
La relance effective de la production agricole pourrait rendre possible l’autosuffisance alimentaire. Des spécialistes s’accordent à dire qu’Haïti doit sortir du système archaïque pour passer à la modernité en se dotant d’équipements agro-industriels de dernier cri pour pouvoir produire à grande échelle. Ce qui permettra non seulement au pays de reconquérir sa souveraineté alimentaire mais aussi d’exporter des denrées. Par rapport à la dégradation accélérée de l’environnement et des déséquilibres provoqués par les changements climatiques en Haïti, les perspectives paraissent plutôt sombres.

Rétablir les Forces armées d’Haïti
Depuis la démobilisation des FADH (Forces armées d’Haïti) par l’ancien président Jean-Bertrand Aristide en 1994, la sécurité nationale est difficilement assurée par la Police civile haï- tienne en sous-effectif. Les 350 km de frontière avec la République dominicaine sont poreux. Les FADH existent légalement dans la constitution de 1987. Le débat sur la réhabilitation de ces forces armées est plutôt timide en raison apparemment des réticences d’une frange de la communauté internationale. Des candidats manifestent leur intention de remettre sur pieds les FADH dès la première année du quinquennat (2016-2020).

Une diplomatie forte
Les difficultés à défendre nos concitoyens dont les droits sont bafoués en République dominicaine mettent à nu les faiblesses de la diplomatie haïtienne. Contrairement aux autres pays de la région, les ressortissants haïtiens ne bénéficièrent que rarement du soutien des autorités de Port-au-Prince. Pour preuve, des sans-papiers haï- tiens battus, privés de leurs biens, et d’autres lynchés ou exécutés sont restés sans soutien dans la majorité des cas. Certains candidats pensent que la crise migratoire peut être transformée en des opportunités dans la mesure où elle inspire des projets générateurs d’emplois durables. Ce qui diminuerait le nombre des Haïtiens à risquer leur vie dans la république voisine et dans d’autres états de la Caraïbe.


 

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Les inégalités persistent

En 2015, le pays compte toujours 170 000 sans-abri suite au séisme. Les inégalités persistent. Les relations d’Haïti avec ses voisins se sont détériorées. Les troubles et tensions politiques des derniers mois ont impacté négativement la croissance. Haïti a besoin d’un « sauveur » raconte-t-on depuis des lustres. « Un homme doit venir mais quand donc viendra-t-il », se lamentait au début du XXe siècle le poète Massillon Coicou. Ce leader ne peut être individuel mais collectif. Ce n’est pas après la prestation de serment que le président élu, aux abois, doit, comme d’habitude, aller se chercher quelques collaborateurs hétéroclites, venus de nulle part ou de tous les horizons. Divisés à l’interne, ils pourraient créer ensuite la confusion et la mauvaise gouvernance. Tout doit débuter maintenant avec un programme sérieux et réalisable.


Protéger avec force l’environnement
Avec moins de 2 % de couverture forestière et un déboisement qui se poursuit à un rythme effréné, Haïti fait face à la plus grave crise environnementale de son histoire. Les saisons pluvieuses et cycloniques deviennent plus meurtrières que jamais. Port-auPrince n’est plus protégé par le Morne l’Hôpital, totalement érodé, et de fait les infrastructures routières ne sont pas garanties sur le long terme. Il y a urgence à définir une vraie politique nationale de protection de l’environnement privilégiant le gaz propane comme alternative au charbon de bois et, parallèlement, encourageant et encadrant la création de coopéraEn 2015, le pays compte toujours 170 000 sans-abri suite au séisme. Les inégalités persistent. Les relations d’Haïti avec ses voisins se sont détériorées. Les troubles et tensions politiques des derniers mois ont impacté négativement la croissance. Haïti a besoin d’un « sauveur » raconte-t-on depuis des lustres. « Un homme doit venir mais quand donc viendra-t-il », se lamentait au début du XXe siècle le poète Massillon Coicou. Ce leader ne peut être individuel mais collectif. Ce n’est pas après la prestation de serment que le président élu, aux abois, doit, comme d’habitude, aller se chercher quelques collaborateurs hétéroclites, venus de nulle part ou de tous les horizons. Divisés à l’interne, ils pourraient créer ensuite la confusion et la mauvaise gouvernance. Tout doit débuter maintenant avec un programme sérieux et réalisable. l Les inégalités persistent tives agricoles à travers le pays. De l’avis de certains candidats à la présidence l’abattage massif des cochons créoles a contraint les paysans à se rabattre sur les arbres comme principale source de survie.

Une éducation adaptée
Tout le monde reconnaît que le développement durable d’un pays passe par l’éducation. Assurer aux jeunes une bonne formation classique et universitaire en fonction des besoins de la nation en tenant compte aussi des opportunités du monde extérieur est un véritable défi. Depuis tantôt un quart de siècle, le système éducatif haïtien chute. Les résultats du baccalauréat et les diplômes universitaires non homologués donnent à réfléchir. Des spécialistes prônent une éducation de qualité pour tous qui nécessite la construction de nouvelles écoles et d’universités modernes à travers le pays. De plus, il faut aborder la problématique des langues d’éducation, ainsi que la formation de tous les cadres du système éducatif.

Bien d’autres défis encore
Les infrastructures médiocres, le trafic des stupéfiants, le crime organisé, les troubles sociaux et la déforestation à grande échelle constituent des obstacles majeurs à la croissance du pays.

La sécheresse qui menace des régions importantes d’Haïti en relation avec les aléas climatiques risque d’endommager à nouveau le secteur agricole et la situation humanitaire. Le nouveau chef suprême de l’Etat aura à relever d’autres défis importants, par exemple envisager sans délai la reconstruction économique par la création de pôles de croissance décentralisés, le rééquilibrage à tous les niveaux par rapport à la République dominicaine ou encore l’amélioration des services sociaux de base. Le premier des défis est d’agir, attendre n’est plus une option.

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LA DÉGRADATION de l’environnement doit cesser.