Economie : La montée en puissance du CFI

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CFI

Créé par décret en 2006, le Centre de facilitation des investissements (CFI) a mis quelques années à trouver sa vitesse de croisière. Mais le CFI paraît désormais comme un allié plus sûr pour les investisseurs locaux et étrangers.
Par Stéphanie Renauld Armand

Le Centre de facilitation des investissements (CFI) est une véritable agence de promotion des investissements. Organisme indépendant qui agit sous l’ombrelle du ministère du Commerce et de l’Industrie, le CFI a trois vocations : attirer des investisseurs en faisant la promotion d’Haïti à l’international, faciliter les contacts et démarches des investisseurs, locaux comme étrangers, et fournir des informations pertinentes sur les secteurs économiques à travers son département de recherche et études. « Le département de facilitation gère les premiers contacts avec les investisseurs, explique Norma Powell, directrice du CFI depuis février 2014. Les projets sont examinés par le ministère sectoriel avant la commission interministérielle. Nous nous assurons que tous les éléments requis sont présents dans le dossier – liste des équipements et matières premières, plan d’affaires sur cinq ans, etc. – avant de l’insérer dans l’agenda de la réunion de la Commission. »

Le rôle du CFI commence donc souvent en amont de cette réunion, au niveau légal avec les cabinets d’avocats ou des démarches administratives. Une fois que la convention est signée, c’est le service After care (suivi) du CFI qui prend la relève. « Notre assistance peut concerner n’importe quelle institution avec laquelle l’entreprise aura une interaction : EDH, Dinepa, DGI…, précise Norma Powell Nous avons développé depuis mai 2014 un réseau de points focaux avec 14 ministères. Et grâce à cela, le CFI a résolu 85 % des problèmes rencontrés et 95 % de ceux qui concernaient la douane. »

Pour se former aux techniques du suivi, et plus globalement à la promotion des investissements, une partie de l’équipe est allée au Nicaragua à l’initiative de CAIPA qui regroupe les agences de promotion de la Caraïbe : « Pro Nicaragua est considérée comme l’une des meilleures agences de promotion de la région. Et le suivi est essentiel dans tous nos pays ». Le suivi n’est pas que réactif, il consiste également en une démarche proactive auprès des entreprises pour identifier les obstacles qu’elles rencontrent. Pour les entrepreneurs, le CFI devient enfin un interlocuteur actif. « A chaque fois que je fais appel au CFI pour un problème de douane ou autre, j’ai une réponse, même si la solution est en dehors de sa compétence », confie la gérante d’une start-up.

Le CFI facilite notamment les contacts et démarches des investisseurs. Photo par : T. Mora Liautaud / Challenges
Le CFI facilite notamment les contacts et démarches des investisseurs.
Photo par : T. Mora Liautaud / Challenges

Promouvoir les atouts
La promotion des investissements s’accorde aux secteurs prioritaires du gouvernement : agro-industrie, textile et BPO (Business Process Outsourcing ou Externalisation des services). Le secteur tourisme assure lui-même sa promotion et l’agriculture est souvent contactée directement au travers de l’UPISA, son unité de promotion, par les entreprises locales ou internationales pour des informations sur les terres disponibles, la qualité des sols, de l’irrigation, etc. Le CFI se consacre à promouvoir les opportunités d’investissement à travers des foires locales mais essentiellement par un prosélytisme actif en dehors des frontières. « Nous essayons de faciliter la participation d’entreprises haïtiennes dans des foires de la région, comme la République dominicaine ou récemment le Paraguay, ou sur d’autres continents, comme ce fut le cas pour qu’Askanya soit présent au Salon du Chocolat à Paris, poursuit la directrice du CFI. Les institutions de coopération comme la BID et l’Union européenne nous aident à promouvoir et mettre en contact les acteurs du marché. Cela nous permet de répondre de mieux en mieux aux attentes. Nous avons reçu une délégation de Taïwan pour le secteur textile. Et le mois dernier nous avons rencontré au Brésil les fédérations ABIT et FIESP, qui comptent des milliers de membres du secteur textile à l’agro-industrie en passant par le commerce. Ils sont très intéressés par les avantages tarifaires et l’accès au marché américain qu’offrent les codes douaniers HOPE/HELP, le statut des pays les moins avancés, et aussi les opportunités vers le Caricom et le Canada. »

Centre de Facilitation des Investissements
Centre de Facilitation des Investissements

Etudier, documenter et plaider pour des solutions
Enfin, le Centre de facilitation des investissements a pour mission de produire des études et de la documentation sur le pays lui-même mais, également, sur les pays vers lesquels se tourne la promotion des investissements. « Il s’agit de préparer les visites, connaître besoins et attentes des intéressés pour répondre le mieux possible », explique Norma Powell. La direction des études a également une Unité de plaidoyer qui soumet des rapports sur les problèmes et obstacles auxquels sont confrontés les investisseurs et entrepreneurs, et propose des solutions et des réformes au niveau des ministères. En termes de documentation, le CFI a produit récemment plusieurs brochures et dépliants très utiles. Des dépliants sectoriels, des dépliants sur des produits ou filières comme la banane, le café, le cacao, le vétiver ou la mangue et un très pratique Guide de l’Investisseur qui permet un aperçu général des étapes à franchir. Le site Investhaiti.ht donne également toutes ses informations et une vision dynamique et attractive du pays.
Pour l’heure, le CFI a du pain sur la planche. Après la visite d’une délégation taïwanaise, ce sont les Brésiliens qui seront en Haïti fin novembre. En décembre, le CFI devrait organiser une activité pour présenter les opportunités d’affaires dans le secteur BPO (externalisation des services).


L’avis de Norma Powel Directrice du CFI

Norma Powell - Directrice du CFI
Norma Powell – Directrice
du CFI

Pourquoi le CFI n’a-t-il pas été toujours aussi efficace ?
« Il a fallu entreprendre des réformes et beaucoup de formations. Je pense que nous n’étions pas prêts. Il n’y a pas d’université pour ce genre de mission, mais nous nous sommes formés. Aujourd’hui, ces efforts portent leurs fruits et nous sommes capables de gérer les demandes d’investisseurs, de leur répondre et de les assister, en nous appuyant sur les meilleures pratiques. Nous avons d’ailleurs investi dans un CRM (Customer Relationship Management). Le CFI réalise un travail d’équipe et nous sommes heureux de trouver dans notre boîte aux lettres des courriels de compliments… rares en 2014.

Nous avons fait de gros efforts cette année pour être visibles sur la scène internationale. Peut-être devons-nous aujourd’hui mieux montrer nos capacités au niveau local ?

Le rêve, c’est bien sûr de devenir l’agence de référence pour les investisseurs et le secteur des affaires, de servir de courroie de transmission pour que les informations entre le gouvernement et le secteur privé circulent mieux et plus vite. Mais, curieusement, c’est aussi très lent parfois pour faire remonter les informations du secteur privé, alors que nous ne leur demandons pas des secrets de fabrication mais des informations sur leurs secteurs pour pouvoir promouvoir leur secteur en général et leur affaire en particulier. »

« LE RÊVE, C’EST BIEN SÛR DE DEVENIR L’AGENCE DE RÉFÉRENCE POUR LES INVESTISSEURS »

 


La commission interministérielle (loi sur le Code des Investissements de 2002)
a pour objectif « d’accélérer les investissements, le traitement de dossiers des investisseurs et la réalisation des projets ». Elle comprend quatre membres permanents représentant les ministères des Finances (deux membres), du Commerce et du Tourisme ainsi qu’un membre sectoriel (en fonction du type de dossier ce sera agriculture, artisanat, etc.). Le CFI assiste à cette réunion au cours de laquelle sont décidés des avantages douaniers et fiscaux dont le projet pourra bénéficier et pour quelle durée.


Les plus et les moins d’Haïti

Le CFI produit des dépliants promouvant certaines filières. Photo par : Tatiana Mora Liautaud
Le CFI produit des dépliants promouvant certaines filières.
Photo par : Tatiana Mora Liautaud

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L’agro-industrie et l’agriculture intéressent les investisseurs. Haïti fait partie des trois grands pays de la Caraïbe avec Cuba et la République dominicaine. Toutes les autres n’ont pas assez d’espace pour produire eux-mêmes… et Haïti représente une demande interne très forte.
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La loi HOPE/HELP
est très attractive pour les grands producteurs textiles comme le Brésil ou la Corée, et même la Chine, qui y voient un moyen de contrer les quotas ou embargos qui les affectent pour pénétrer le marché américain.
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Le BPO (Business Process Outsourcing ou Externalisation des services) :
un secteur à développer en s’appuyant sur les capacités multilingues (Français, créole, anglais, espagnol) du pays, sa proximité et sa connectivité et des salaires compétitifs.

Le coût de l’énergie :
le coût du KW/h a rendu par exemple irréalisable le projet de filature qu’avait une compagnie européenne.

L’instabilité :
le tourisme déteste les soubresauts et l’insécurité, l’assemblage textile souffre dès qu’un chargement ne peut être livré parce que la production s’est arrêtée ou n’a pu être embarquée.

Le problème foncier :
difficile pour un investisseur d’être confronté à l’incertitude de la propriété, la contestation de titre et l’absence de cadastre. Ceci est valable pour le secteur minier ou agricole.