L’école nouvelle Zoranje du village Renaissance est l’une des trois écoles fondées et gérées par la fondation Prodev. Six ans après sa création, 550 élèves y suivent un cursus scolaire de qualité de la maternelle à la 9e année fondamentale. Un succès qui pourrait servir de modèle à l’échelle du pays.

La fondation Prodev (Progrès et développement) s’est fait connaître notamment après le tremblement de terre par les tentes-écoles qu’elle a organisées dans les camps de déplacés de la capitale. A la poursuite d’un objectif d’éducation, ses fondateurs ont mis sur pied cette solution temporaire qui a permis de réunir enfants et professeurs sans abris pour retrouver un quotidien scolaire. « Nous étions à la recherche d’un espace en dehors de la congestion des centres urbains, pour ériger non seulement une école mais aussi un campus avec des espaces verts, des infrastructures récréatives, une bibliothèque… Notre mission veut que nous soyons là où sont les enfants. Nous les avons donc suivis là où ils s’étaient installés en quittant les camps, au village la Renaissance, appelé Zoranje par les résidents », explique Maryse Pénette-Kedar, fondatrice de Prodev, à propos de l’école nouvelle Zoranje (ENZ). Ce village de la commune de La Croix-des-Bouquets, voisin de Cité soleil, était terriblement isolé et avait accueilli un grand nombre de familles déplacées. Sa population était alors estimée à 5 000 personnes.

Une oasis dans le désert
Avant de commencer la construction d’une école moderne et antisismique, Prodev a entrepris toutes les démarches nécessaires auprès des institutions concernées. « Nous avons travaillé très étroitement avec le comité de village, un noyau de résidents, le comité de parents et d’autres sympathisants pour obtenir les autorisations de fonctionnement nécessaires », poursuit la présidente de Prodev. La construction de l’ENZ a débuté avec deux bâtiments de six salles chacun. En octobre 2010, elle a accueilli 323 élèves, de la petite section à la 5e année fondamentale, 11 enseignants et un staff administratif avec à sa tête une femme du village comme directrice. Au printemps 2011, la maternelle a ouvert pour 120 enfants. A la rentrée 2016, les effectifs passeront de 554 à 580 élèves, avec environ 40 enseignants du kindergarden à la 9e année fondamentale. Zoranje compte désormais 21 salles, plus des classes spécialisées pour l’art, la bibliothèque, l’administration, l’informatique, la rencontre des enseignants et des espaces de stockage ainsi qu’une cafétéria avec un système de traitement d’eau.

Tout en suivant le curriculum de l’Education nationale, la fondation Prodev y apporte à l’ENZ une touche de modernité (les textes datent des années 1980) afin de mieux l’adapter à son approche pédagogique active centrée sur l’enfant : « Nous accordons beaucoup d’importance au bien-être des élèves, à l’accompagnement des enseignants, à l’implication des parents dans la vie de l’école. Nous proposons aux élèves un certain nombre d’activités leur permettant de développer des compétences autres que cognitives comme le sport, l’art, la musique, l’informatique, l’horticulture… »

L’éducation, c’est la seule solution
Les élèves sont initiés au respect de l’environnement dès leur entrée à l’école. Des comités de classe organisent la propreté, des concours, des journées de plantation d’arbres, etc. Le cours d’horticulture leur permet également de comprendre les éléments de base de l’agriculture. Par ailleurs, « les normes élevées de propreté que nous exigeons sont pour nos élèves une occasion de leur faire découvrir l’importance de l’ordre et la discipline dans leur vie », explique Maryse Pénette-Kedar.

Côté enseignement, lorsque l’on sait que dans le système actuel seulement 30 % des enseignants sont formés, et que cela n’implique pas toujours qu’ils aient le niveau de leur diplôme, on comprend que le défi de la qualité des enseignants soit de taille. La solution de Prodev : améliorer les performances des enseignants déjà sur le terrain. « Il ne suffit pas d’organiser un séminaire par-ci par-là pour qu’on puisse parler d’éducation de qualité. La formation continue des enseignants doit être structurée en prenant en compte les besoins académiques et professionnels. L’accompagnement individualisé des enseignants est une condition incontournable pour atteindre les résultats escomptés », explique la direction pédagogique de l’ENZ.

La recette de Zoranje ?
Les parents font confiance à cette école, qui affiche un taux de réussite de 100 % aux examens officiels de 9e année. Stravensky, 9 ans, aujourd’hui en 4e année, a commencé l’école avec Prodev dans les camps. Alors âgé de 2 ans, il y a trouvé un espace sûr où il a été soigné, nourri et s’est vu offrir les possibilités d’une bonne éducation réservée « seulement aux riches », explique son père. « Prodev a fait un excellent travail avec mon fils, poursuit-il. Parfois même, c’est Stravensky qui me corrige et me dit comment m’exprimer. J’ai le sentiment qu’il va devenir un bon citoyen au lieu de traîner en mauvaise compagnie. » « Le désir d’apprendre des enfants de la zone est le meilleur baromètre de la pertinence de notre intervention », se réjouit Maryse Pénette-Kedar.

580 ÉLÈVES, composeront l’effectif à la rentrée 2016.
580 ÉLÈVES, composeront l’effectif à la rentrée 2016.

Ici la pédagogie est centrée sur l’élève et vise le développement intégral des enfants en prenant en compte leurs besoins cognitifs, émotionnels, physiques, sociaux : les élèves sont dans un espace agréable et sécurisé (maximum 35 élèves par classe) et ont un repas quotidien. A la veille de cette nouvelle rentrée scolaire, l’ENZ ne se repose pas sur ses lauriers. L’équipe de Prodev est à pied d’œuvre pour aller chercher les fonds qui permettront de poursuivre les objectifs en viabilisant les actions déjà entreprises, en construisant une section secondaire et en envisageant un auditorium. Faire de l’école nouvelle Zoranje une école pilote, un modèle qui peut inspirer d’autres établissements dans le pays, demande le concours de nombreux intervenants.

Stéphanie Renauld-Armand


PRODEV, un bon élève pour les bailleurs

Fondée en 1995, par Maryse Pénette-Kedar, Daniel Kedar et Max Pénette, c’est en 2010, après le séisme, que la fondation Progrès et développement (Prodev), va prendre son essor. Grâce à sa bonne gestion des tentes-écoles, Prodev a bénéficié de plusieurs sources de financement pour l’école nouvelle Zoranje. Pour la construction, elle a obtenu des fonds d’organisations telles que le American Jewish Joint Distribution Committee (JDC), Bonita Trust et Baldwin Richardson Foods. Pour les coûts opérationnels, Prodev a bénéficié du support de la Fondation Voilà, de la Banque interaméricaine de développement (BID), Urban Zen, Happy Hearts Foundation et Baldwin Richardson Foods. A date, ce sont 918 700 dollars américains qui ont été consacrés à la construction de cette école modèle.