Du tourisme éco-montagne à Vallue

120
A VALLUE, les montagnes sont encore protégés par des arbres géants et une végétation dense PHOTOGRAPHIES PAR RTJ / CHALLENGES
A VALLUE, les montagnes sont encore protégés par des arbres géants et une végétation dense PHOTOGRAPHIES PAR RTJ / CHALLENGES

Ceux qui aiment l’expérience de la nature, du monde paysan et de la montagne se rendent à Vallue pour profiter du tourisme éco-montagne. Depuis plus de 10 ans, cette région expérimente ce tourisme alternatif qui profite bien à toute la communauté. Une manne pour le tourisme Haïtien en 2017.

Dans la localité de Zamor, Faniel Laurent accueille des touristes pour des visites guidées dans son musée végétal. Cet homme qui se revendique fils de Vallue, considère le « musée » comme « son bâton de vieillesse ». C’est là qu’il conserve et cultive des espèces rares ou en voie de disparition, des plantes médicinales, des légumes, diverses variétés de bananes et des arbres fruitiers. Grâce à la vente de ses produits agricoles et les visites de touristes, il parvient à payer l’écolage de ses enfants et assurer sa vie au quotidien.

Depuis 12 ans, Vallue, 12e section communale de Petit-Goâve, expérimente le « tourisme éco-montagne ». Ce tourisme alternatif plonge les visiteurs dans la nature et les met en contact avec la réalité de la montagne. « Vallue attire surtout ceux qui aiment la nature et l’expérience des mornes », vante Abner Septembre, coordonnateur de l’Association des Paysans de Vallue (APV). Le tourisme éco-montagne est en effet une initiative de l’APV créée dans le souci de faire voir la région autrement. Il permet aux paysans d’avoir des sources de revenus autres que celles de l’agriculture. Il aide aussi l’association à renflouer ses caisses et ainsi garder une autonomie dans la gestion de ses activités.

VALLUE OFFRE la possibilité des faire des excursions extraordinaires
VALLUE OFFRE la possibilité des faire des excursions extraordinaires

Un écosystème riche à vendre

Pour attirer les visiteurs, l’APV a misé sur le climat, la beauté naturelle et une culture propre à la région nous dit Luc Saintilus, paysan de Vallue. « Nous montrons aux touristes ce que nous possédons : nos mornes, nos maisons, notre troubadour, le vodou avec notre fameuse danse des quatre bois ». Chaque année, Vallue accueille ainsi des milliers de touristes qui veulent se rapprocher de la nature et de la réalité paysanne. Des excursions sont organisées pour faire visiter différents sites comme la chute d’eau La Voûte, l’étang du Ricy et le fort Gary. C’est le cas par exemple de l’arbre suspendu aux trésors, dont la légende raconte qu’un trésor fut enfoui en dessous durant le départ des Français pendant la guerre d’indépendance. Sur le site de Solivermont, l’observatoire de la montagne fait explorer les montagnes et les contrebas de Petit-Goâve. Plusieurs arbres et rochers offrent une histoire unique propre à la région.

Depuis 2003, la foire de la montagne s’est établie comme une tradition qui attire des milliers de  visiteurs. Elle permet aux paysans de la zone et d’autres régions d’exposer et d’écouler leurs produits.  La laiterie de Vallue produit du fromage et du yaourt et l’atelier Topla achète et transforme les fruits des producteurs. Avec l’arrivée des touristes, les paysans nouent de nouvelles relations et élargissent leurs réseaux.

La demande grandissante de chambres d’hôtels a permis l’ouverture de Villa Ban-Yen qui fournit un service en accord avec la philosophie du tourisme éco-montagne. Toutefois, ceux qui veulent se rapprocher davantage du mode de vie locale peuvent se faire héberger dans les maisons que l’APV a mises à disposition d’une trentaine de familles.

La sensibilisation comme clé

Pour bien gérer cette industrie touristique, l’APV s’appuie fermement sur la sensibilisation et la formation continue des paysans. « Ici, les gens comprennent l’intérêt de bien accueillir les visiteurs. Les habitants respectent tout le monde et la mendicité n’existe pas à Vallue », témoigne Natacha Gelin avec fierté. Il s’agit en effet d’une stratégie adoptée par l’APV pour apprendre aux Vallueois à privilégier l’échange au don. Lors des rencontres de sensibilisation, les résidents font part de leurs griefs à l’association afin que le tourisme n’affecte pas leur sérénité. Ainsi, il est interdit de les prendre en photos, surtout les enfants, sans leur autorisation. Selon Abner Septembre, c’est une façon de préserver leur intimité.

Le tourisme éco-montagne n’attire pas que des étrangers rassure Abner Septembre. « Nous avons un mélange d’Haïtiens et d’étrangers. Cependant, les jeunes sont moins nombreux à nous visiter car ils préfèrent le tourisme traditionnel au bord de la mer ». Le coordonnateur de l’APV estime que l’État haïtien commet une grave erreur en donnant priorité au tourisme conventionnel. Il croit nécessaire la création d’un pont entre le tourisme de masse et le tourisme alternatif comme l’expérience se fait dans de nombreux pays.

Aujourd’hui, à Vallue, des jeunes s’investissent déjà dans la peinture, la sculpture et d’autres types de productions, pour  élargir la gamme de produit à offrir aux visiteurs. À Vallue, on croit que le tourisme éco-montagne est pérenne puisque le concept est bien accueilli et adopté par toute la communauté. l

RTJ