Droit et justice pour tous

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Photo par Timothé Jackson / Challenges


Jules Cantave
, chirurgien-dentiste, a étudié le Droit en Haïti, avant de poursuivre ses études à l’université de New York puis à l’université de Francfort en Allemagne. Revenu en Haïti en 1977, il commence une carrière juridique à St-Marc, qui le conduit au poste de président de la Cour de Cassation et du Conseil supérieur du pouvoir judiciaire.

Avant de pouvoir voler, il faut savoir apprendre à se tenir debout, avoir des ailes ne suffit pas, disait Friedrich Nietzsche. C’est pour moi l’occasion d’attirer l’attention de tous sur le rôle que chaque acteur est appelé à jouer. Redonner confiance aux justiciables, refaire l’image de la Justice, renouveler aux magistrats leur honorabilité exige un travail sérieux et profond qui ne peut être incomplet. Le devoir suprême est de s’engager à travailler au bon renom de la Justice, à faire triompher la force du droit sur le droit de la force. Il demande donc à tous les acteurs du système, aux citoyens et à l’ensemble de la société civile de continuer, d’appuyer et d’apporter leur collaboration à la réussite d’une telle entreprise, laquelle est susceptible de redorer le blason de la Justice haïtienne tant décriée.

« LA TÂCHE PARAÎT DIFFICILE MAIS ELLE EST EXALTANTE DANS L’OBLIGATION PRIMORDIALE DE S’INSCRIRE DANS LA POURSUITE DE CE RÊVE GRANDIOSE »

 

L’existence d’un pouvoir judiciaire légitime, fort et indépendant est une condition sine qua non de la démocratisation. Il est vrai que tout État de droit repose sur une Justice impartiale dotée de pouvoirs forts, des ressources financières et des compétences appropriées qui lui sont nécessaires pour pouvoir combattre l’impunité sous toutes ses formes. Quelqu’un a déclaré « l’âge de raison c’est celui où l’on sait que l’on a parfois tort ou bien que l’on aurait pu faire mieux » et de ce qui précède, il s’avère que l’administration centrale du pouvoir judiciaire grandit et elle va continuer à grandir davantage pour que la Justice de ce pays puisse redorer son image parfois ternie malheureusement par des scandales de toutes sortes. Ce qui oblige à prendre l’engagement solennel de nous acquitter avec science, conscience et compétence dans la célérité, de ces tâches spécifiques qu’il me plaît de souligner à l’attention de tous : se mobiliser afin que le pouvoir judiciaire puisse être crédité d’un budget plus adéquat, vider entièrement ses mains relativement aux affaires déjà auditionnées, éviter l’accumulation indue de plaintes non traitées dans les registres, rendre disponibles des manuels de procédure administrative pour toutes les fonctions et à l’usage de toutes les juridictions de la République, promouvoir une saine et impartiale justice de proximité dans les zones reculées du pays. « La Justice élève une nation », la Justice reste et demeure l’épine dorsale de tout État de droit. Je tiens à exprimer publiquement toute ma reconnaissance et toute ma confiance par rapport aux hommes et aux femmes qui continuent à fournir leurs prestations contribuant ainsi au fonctionnement rationnel de la justice en dépit des circonstances, par certaines fois, embarrassantes et compliquées. Ils accomplissent des tâches difficiles pour que le Droit et la Justice règnent toujours sur cette terre léguée par nos ancêtres au prix de maints sacrifices. En dépit des contradictions, des tiraillements, bon nombre d’activités, au bénéfice de la Justice haïtienne, ont pu être réalisées durant ces dernières années. Il importe pour tout un chacun de continuer ce noble combat et de se mettre à la hauteur de la noble tâche qui attend chacun de nous, jour après jour. Il s’agit d’un ensemble de défis à relever progressivement. La tâche paraît difficile mais elle est exaltante dans l’obligation primordiale de s’inscrire dans la poursuite de ce rêve grandiose qu’est le bon renom de notre chère Haïti en faisant triompher le Droit et la Justice pour tous.