Doubler les revenus des familles rurales

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EMMANUEL PIERRE, responsable du site de Drouette (Kenscoff). Photographies par Cossy Roosevelt / Challenges

A l’aide de systèmes modernes d’agriculture, il est possible de doubler les revenus de 90 000 familles rurales en trois ans. C’est l’objectif principal du projet « Chanje Lavi Plantè » financé par l’Usaid dans le cadre de l’initiative Feed the Future du président américain Barack Obama.

Point n’est besoin de réinventer la roue. Les infrastructures mises en place par le projet Winner (2009-2014) ainsi que les ressources humaines formées (entre autres, les paysans vulgarisateurs) représentent des atouts importants dans le cadre de l’exécution de l’initiative « Feed the Future Haïti/Chanje Lavi Plantè » qui s’échelonne sur une période de trois ans (2015-2018). « Chanje Lavi Plantè » – ciblant notamment le couloir du Cul-de-Sac (comprenant les communes de Kenscoff, Pétion-Ville, Cité-Soleil, Croix-des-Bouquets, Ganthier et Thomazeau), le couloir des Matheux (incluant Cabaret, Arcahaie et Saint-Marc) et les communes de Mirabalais et Saut d’Eau – a pu toucher 25 000 familles rurales en seulement huit mois. L’effectif moyen visé étant de 30 000 par année, il est donc démontré que les résultats escomptés seront atteints.

L’IRRIGATION est au cœur du projet Feed the Future.
L’IRRIGATION est au cœur du projet Feed the Future.

L’importance de l’irrigation
« Il n’y a pas d’agriculture sans eau », rappelle Jean-Robert Estimé, le coordonnateur de Feed The Future Haïti, qui croit nécessaire de maximiser les efforts de réhabilitation des systèmes d’irrigation dans les zones ciblées. Il est tout aussi important, poursuit le responsable, de permettre aux paysans d’avoir accès à des semences garanties et certifiées présentant des caractéristiques bien déterminées, ainsi que leur fournir l’encadrement technique nécessaire. « Nous pouvons faire du paysan haïtien un agriculteur professionnel au même titre qu’un cultivateur dans un pays développé capable de maximiser la production par m2 si nous lui donnons les compétences et les moyens nécessaires », affirme Jean-Robert Estimé. D’autant qu’en Haïti il n’est plus possible d’augmenter la superficie cultivable, souligne le spécialiste. Voilà pourquoi le projet Feed the Future Haïti privilégie l’agriculture intensive sous serre indique Jean-Robert Estimé concédant que « la petite taille des exploitations n’est guère un handicap parce qu’on peut avoir de grands rendements en appliquant les bonnes techniques ». Avec le support de l’Usaid, pas moins de 300 serres sont déjà installés à travers le pays.

300 associations de paysans partenaires
La plaine du Cul-de-Sac à elle seule suffit pour arrêter l’importation de maïs si 15 000 ha sont irrigués, se basant sur une productivité de quatre tonnes par ha, ce qui donnerait les 60 000 tonnes importées. Il est également possible de diminuer de moitié l’importation de riz dans les quatre prochaines années. A cet effet, il est prévu d’introduire le système de riziculture intensive dans le département de l’Artibonite. Il est tout aussi possible de stopper complètement l’importation des légumes en seulement deux ans si les efforts nécessaires sont déployés. Feed the Future Haïti – qui veut notamment renforcer les filières de mangues, de cacao, des haricots, des bananes et du riz – entend ainsi aider à la recherche des solutions durables. Raison pour laquelle, 300 associations de paysans et des organisations qui avaient été supportées par Winner sont impliquées dans le projet « Chanje Lavi Plantè » en tant que partenaires. A titre d’exemple, la Wynn Farm est l’un des six centres techniques de formation et d’encadrement des paysans disposant d’un laboratoire de sol. Il faut savoir aussi que la Wynn Farm sera le premier site de production bio certifiée du pays. Un expert en la matière est attendu en juillet prochain pour commencer les formations, annonce Jane Wynne. Sur sa ferme de 10 carreaux de terre, l’agriculture protégée et verticale est pratiquée et elle prend toujours plaisir à présenter les différentes variétés de fleurs, fruits et légumes cultivées aux visiteurs qui ont beaucoup à apprendre des nouvelles techniques ne présentant aucun risque pour l’environnement.

Des bénéficiaires heureux
C’est le cas d’Emmanuel Pierre un paysan vulgarisateur responsable du site de Drouette, une localité de Furcy (Kenscoff) comprenant 9 serres et un bassin de 13 000 galons qui collecte l’eau de pluie et alimente une douzaine de châteaux d’eau. « Les poivrons et les tomates sont d’une qualité impressionnante comparativement à ceux produits de façon traditionnelle », se réjouissent les paysans du projet Chanje Lavi Plantè. Chérilien Eliancy, le coordonnateur de Grand Fonds 1 de la coopérative agricole Sohadek (Solidarité haïtienne pour le développement rural de Kenscoff) vante les bienfaits des nouvelles techniques inculquées par Feed the Future Haïti qui permettent de protéger et de maximiser les récoltes (légumes et fleurs). Pour Emmanuel Pierre et Chérilien Eliancy, l’un des aspects les plus encourageants du projet est la facilité avec laquelle les produits présentés sous la marque CHAMPYON trouvent preneurs (hôtels, restaurants, supermarchés). En ce sens, les associations concernées estiment avoir les capacités de poursuivre le projet se basant sur les connaissances assimilées et les opportunités de négocier des contrats ou des partenariats.

JULIA KENNEDY (Feed the Future) et Jene C. Thomas (Usaid Haïti).
JULIA KENNEDY (Feed the Future) et Jene C. Thomas (Usaid Haïti).
LA CULTURE VERTICALE sous serre permet de grands rendements sur de petites surfaces.
LA CULTURE VERTICALE sous serre permet de grands rendements sur de petites surfaces.

L’avenir est garanti
En investissant des dizaines de millions de dollars dans l’agriculture haïtienne, le gouvernement américain se montre confiant en l’avenir de ce secteur vital pour le développement durable du pays. Jene C. Thomas, directeur de l’Usaid en Haïti, se montre optimiste quant à la relance effective de la production agricole ; relance nécessaire pour garantir la sécurité alimentaire et améliorer les conditions de vie de la population haïtienne. En ce sens, il y a bien des défis à relever pour y arriver, admet M. Thomas qui insiste sur l’importance des nouvelles techniques et technologies. C’est aussi l’avis de Julia Kennedy, coordinatrice de Feed the Future, qui table sur l’objectif de l’initiative mondiale du président Barack Obama, à savoir : « Moderniser l’agriculture haïtienne pour doubler la production et transformer les associations paysannes en de véritables petites entreprises ». Et le chef de mission de l’Usaid en Haïti et la responsable de Feed the Future affichent une grande satisfaction par rapport au déroulement du projet Chanje Lavi Plantè. L’avenir de plusieurs dizaines de milliers de familles rurales est maintenant pratiquement garanti.

Cossy Roosevelt