Donald Trump président, quelles conséquences pour Haïti ?

128

La nouvelle est de taille et elle a un retentissement planétaire. En janvier prochain, le 45e président des États-Unis prendra ses fonctions. Qu’est-ce qui risque de changer dans les relations entre les États-Unis et Haïti ? Challenges a demandé des avis éclairés…

L’avis de Jacqueline Charles, correspondante du Miami Herald pour les affaires haïtiennes.

« Alors qu’il était candidat, Donald Trump a utilisé Haïti dans sa stratégie contre sa rivale, l’ancienne Secrétaire d’État Hillary Clinton. Même s’il est encore trop tôt pour dire comment Haïti pourrait être affecté par la présidence de Trump, il y a des domaines que le candidat Trump a soulignés pour évoquer des changements de politique qui pourraient avoir un effet négatif pour le pays. Parmi ces domaines j’en retiens deux. Le premier : réduire le flot de réfugiés aux États-Unis et déporter 2 à 3 millions d’immigrants illégaux. L’autre : ramener les emplois industriels aux États-Unis.

Par ailleurs il pourrait y avoir des changements au niveau de la diplomatie. Lors d’une visite à Miami dans le quartier de Little Haïti, Trump, premier candidat présidentiel à visiter et rencontrer les Haïtiens-américains sur leur terrain, a entendu leurs appels nombreux pour avoir un Haïtien-américain comme représentant des États-Unis en tant qu’ambassadeur en Haïti. Ce ne serait pas surprenant de voir l’administration Trump essayer de valoriser cette requête en rebattant les cartes pour désigner ceux qui représentent les USA dans les ambassades étrangères. Même avant la victoire surprise de Trump, les Haïtiens pouvaient déjà constater un changement discret dans la politique de déportation américaine. Après une pause temporaire en raison du cyclone Matthew, le département de Sécurité Nationale a repris les déportations. Étant donnée la position de Trump sur l’immigration, beaucoup se préparent à l’augmentation des raids et des déportations. Tandis que certains Haïtiens réduisent le discours sur l’immigration aux Mexicains et au mur frontalier, de vrais changements de politique migratoire pourraient se produire. Car la politique de Trump, qui concentrera ses efforts dans ce domaine sur la criminalité, risque de concerner tous les illégaux, quel que soit leur pays d’origine.

Même si le statut TPS (Temporairement protégé), qui permet aux Haïtiens et quiconque de vivre et de travailler légalement aux États-Unis sans craindre de déportation, n’a pas été évoqué spécifiquement, il pourrait également être remis en question si Trump poursuit des réformes radicales de l’immigration. Des dizaines de milliers d’Haïtiens dépendent de ce statut, et contribuent largement aux 2 milliards de transferts annuels vers Haïti. Selon les observateurs, comme le TPS doit être renouvelé l’année prochaine, il suffirait à Trump de ne rien faire pour qu’il ne le soit pas. Cette option rendrait les Haïtiens sans papiers aux États-Unis encore plus vulnérables. Enfin, Trump a évoqué le rapatriement des emplois industriels aux États-Unis. Aujourd’hui, Haïti bénéficie de deux programmes de franchise, HOPE et HELP. Si le président Trump décide de respecter sa promesse, le nombre d’emplois dans le secteur manufacturier en Haïti pourrait diminuer au lieu d’augmenter, car les entreprises américaines craignant d’être pénalisées ramèneront peut-être ces emplois sur leur sol.»

L’avis de Serge Renaud, Président de la National Alliance for the Advancement of Haitian Professionals (NAAHP).

« D’une manière générale, je pense que l’on peut s’attendre à ce que la politique des États-Unis envers Haïti soit cohérente sous l’administration de M. Trump. Néanmoins, Haïti devrait se préparer à recevoir des déportations accrues d’Haïtiens, notamment ceux qui ont voyagé ou sont en provenance du Brésil et d’autres pays d’Amérique latine et visaient les États-Unis comme destination finale. Si l’afflux d’Haïtiens sans papiers vers les États-Unis devient problématique, cela conduira peut-être l’administration Trump à s’impliquer dans les affaires d’Haïti.

Nous pourrions nous attendre à ce que l’administration de Trump ait une attitude bienveillante à l’égard des entreprises, même s’il a plutôt évoqué dans son programme électoral le commerce équitable que le libre-échange pour apaiser ses électeurs. Le gouvernement et le secteur des affaires en Haïti devront être prudents, mais en même temps se positionner pour tirer parti de leurs relations avec l’administration et le pouvoir législatif américain pour attirer des entreprises en Haïti par le biais de politiques spéciales d’exportation similaires au programme HOPE / HELP, pour attirer l’investissement étranger direct (IED) et même les investissements directs de la diaspora (IDD). C’est donc une opportunité parfaite pour le gouvernement d’Haïti et le secteur des affaires de former une alliance avec la diaspora d’Haïti afin de s’appuyer sur tous les outils à leur disposition, tels que les cabinets de lobbying de la diaspora haïtienne et les amis d’Haïti, pour influencer une politique intelligente et sensible des États-Unis envers Haïti.»