Montréal : un webzine de la diversité a été lancé

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OLIVIER CHOLETTE, le producteur. Photographie par Kevin Calixte

Olivier Cholette et Dorothy Alexandre, deux professionnels d’origine haïtienne, ont décidé de se lancer dans l’aventure de la télévision sur le Web car ils ne se retrouvaient pas dans la télé québécoise.

Dans un contexte québécois où beaucoup dénoncent le manque de diversité sur les écrans de la Belle Province, Dorothy Alexandre, Olivier Cholette et leurs comparses de Wepa, on est là, ont décidé de ne plus attendre et de prendre le taureau par les cornes en s’investissant dans la production d’une émission sur Web (un webzine), pilotée par trois animatrices issues de la diversité, qui aborderont les enjeux de société et autres thématiques qui interpellent les Montréalais et qui correspondent avec ce qu’ils aimeraient voir à l’écran.

Trois femmes issues de la diversité

 DOROTHY ALEXANDRE, à droite, co-animatrice avec Chan Tep et Doris Bardales. Whisky Photography
DOROTHY ALEXANDRE, à droite, co-animatrice avec Chan Tep et Doris Bardales. Whisky Photography

Ils ne sont pas les seuls à avoir cheminé vers cette direction dernièrement mais qu’est-ce qui peut motiver une personne comme l’Haïtienne d’origine Dorothy Alexandre à faire le saut, elle qui a travaillé les sept dernières années pour le géant TVA ? Au début travaillant à titre de rédactrice, elle est devenue recherchiste tout en effectuant plusieurs reportages à l’antenne. « J’ai quitté à cause du plafond de verre. J’étais fatiguée d’attendre les opportunités, explique-t-elle. Parfois c’est sournois comme milieu. On te dit que si tu veux faire ta place pour aller en onde à Montréal, tu dois aller en région et en même temps tu vois trois, quatre femmes sur le terrain à Montréal qui elles n’ont pas ta couleur de peau, être en onde sans problème. » Dorothy dit tout de même garder une bonne relation avec ses anciens collègues particulièrement ceux de Salut Bonjour à TVA même si auparavant, mentionne-t-elle, « j’ai laissé la colère et la déception me consommer pendant environs deux ans. Ma motivation était noble mais elle n’était pas saine. Un moment donné tu dois changer la colère en quelque chose de positif. Aujourd’hui, je suis carrément en train de me réinventer en faisant preuve d’audace. Je suis maintenant une femme d’affaires, une stratège, et je crée mes opportunités. » Cette audace, s’articule maintenant à travers Wepa, on est là. « Wepa c’est ma motivation pour prouver que nous sommes capables, analyse Dorothy Alexandre. Nous sommes trois femmes issues de la diversité. Trois femmes éloquentes. Et nous allons faire en sorte que la femme issue de la diversité se retrouve en nous et que nous adressions des sujets qui sont normalement balayés du revers de la main dans notre société. »

Une émission ouverte sur le Québec
Même son de cloche pour le producteur exécutif de Wepa, Olivier Cholette qui, lui, fût adopté à l’âge de trois ans en Haïti par la famille Cholette : « Je suis d’une famille d’entrepreneurs, une famille humaine. Ils m’ont appris que je peux être tout ce que je veux dans la vie si je fais les efforts nécessaires. » Il a suivi sa formation en tant que réalisateur pour finalement découvrir que c’est le producteur qui a le dernier mot sur le choix de l’équipe et du contenu. Ainsi, il produit cette année l’émission l’Atelier Z sur TCF (Télévision Communautaire Frontenac) avant de développer, en collaboration avec Dorothy Alexandre et l’équipe de Wepa, cette nouvelle émission, car pour lui aussi « on ne se voit pas dans la TV traditionnelle québécoise. On change de poste et ce sont les mêmes comédiens, ce sont les mêmes personnes qui se réinvitent sur les mêmes émissions. Puis, ils parlent de sujets blanc sur blanc, alors que Montréal et le Québec ne sont plus blanc sur blanc, on a juste à regarder dehors pour voir la diversité. » Avec Wepa, il tient à démontrer qu’il « y a plein d’animateurs et d’animatrices qualifiés, issus des communautés culturelles qu’on ne voit pas à la TV. Wepa est une émission avec des filles politisées, ouverte sur la diversité mais pas renfermée sur les communautés culturelles, plutôt ouverte sur le Québec. » Tout comme Dorothy, Olivier a décidé de se prendre en main : « Il y en a qui mettent leur argent dans des fondations ou des sociétés, moi j’ai décidé d’investir mon argent dans la diversité et dans la TV. » Il tenait absolument à travailler avec Dorothy Alexandre qu’il a découverte lorsqu’elle était animatrice à la radio (CKIN FM) et voit en elle un véritable « porte-étendard des communautés au Québec. Pour moi, elle est comme notre joueuse de franchise. » Flattée par les propos d’Olivier, l’ancienne recherchiste avoue avoir « encore beaucoup de croûtes à manger » et sait qu’il y a beaucoup de chemin à parcourir. Il y a deux ans, elle a refusé un emploi stable à la télévision comme présentatrice météo sur MétéoMédia car « elle ne veut pas être à la TV pour être à la TV ! J’ai une mission de vie et mon but est d’avoir un impact, mon but est d’informer, d’inspirer, d’échanger avec des gens, de faire rayonner la diversité. La télévision québécoise a littéralement besoin de se réinventer et de faire preuve d’ouverture et de sortir du statu quo. Car moi, si je ne la regarde pas, ma fille ne va pas la regarder. Ils sont en train de s’aliéner une génération sans le savoir. » C’est justement le pari de l’équipe Wepa, on est là, de réinventer la télé québécoise.

Will Prosper

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