Des ressortissants haïtiens livrés à eux-mêmes

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Istock/ Getty images
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Ils sont des milliers à quitter Haïti chaque mois pour se rendre en Amérique latine, particulièrement au Chili et au Brésil. Déboutés par la situation socio-économique difficile, ils préfèrent partir vers l’inconnu plutôt que de périr sur leur terre natale. Mais à la recherche de l’Eldorado, ils butent sur des hostilités de toutes sortes. Au Chili ou en République Dominicaines, les migrants haïtiens ne sont plus les bienvenus.

Le  2 mars dernier, 169 Haïtiens ont vécu l’enfer à l’aéroport international Arturo Merino Benitez du Chili. Ces compatriotes qui fuyaient le pays en raison de la situation socio-économique précaire dans laquelle ils vivaient, ont été déclarés inadmissibles par les autorités chiliennes. Obligés de rester à l’aéroport sans pouvoir se doucher, changer leur vêtement et même trouver de quoi manger, ils se sont vus refuser l’accès à leur valise de voyage. Le péché commis : atterrir sur le sol chilien sans une réservation d’Hôtel, une obligation pour un touriste désireux de visiter le Chili. Ces voyageurs haïtiens n’étaient pas au bout de leur peine, puisque par la suite, la compagnie aérienne LAW leur a annoncé la suspension temporaire de ses vols sur Port-au-Prince. 

L’État haïtien mis en cause
« Le traitement jugé inhumain que subissent les migrants haïtiens au Chili résulte du laxisme et du manque de responsabilité de nos dirigeants », affirme l’Observatoire Haïtien des Droits Humains, regrettant le fait qu’aucune disposition n’ait été prise pour contrôler cet exode massif vers l’Amérique Latine.  L’ODH dénonce particulièrement le silence des autorités haïtiennes sur la situation de plusieurs dizaines de migrants en difficulté sur le territoire chilien. Certains d’entre eux auraient même été refoulés par le gouvernement chilien en dehors des normes préétablies. « J’ai appris avec stupéfaction que des compatriotes haïtiens ont dormi à même le sol dans un aéroport du Chili. Des femmes en période de menstruation n’ont pas pu échanger leur serviette hygiénique », déplore le secrétaire général de l’OHDH. Joinet Merzius souligne que ce traitement cruel et inhumain que subissent ces Haïtiens est pourtant proscrit par des conventions et traités internationaux. Joinet Merzius croit que le gouvernement haïtien devrait intervenir diplomatiquement pour réclamer de leur homologue chilien le respect des normes relatives aux droits des migrants.

Le calvaire des ressortissants haïtiens à Pédernales
Si au Chili, ils se sont vus refuser l’accès de fouler le sol, en République Dominicaine, des migrants haïtiens ont été tout simplement contraints de quitter les lieux. En effet, des centaines d’Haïtiens sont retournées au bercail le mardi 13 mars 2018, moins de 24 heures après l’ultimatum de certains civils dominicains demandant à des familles haïtiennes de quitter la province de Pédernales. C’est le meurtre d’un couple dominicain qui serait à la base de ce regain de tension. Un ressortissant haïtien est à ce titre accusé d’implication par des habitants de Pédernales. Redoutant toutes formes de représailles, des centaines d’Haïtiens se sont précipitées à la frontière d’Anse-à-Pitres. Ils sont environ 700 Haïtiens à retourner en Haïti en quelques jours par crainte de représailles. Certains d’entre eux y sont retournés volontairement dans la nuit du 14 au 15 mars dernier.

Georges H. Rouzier/ Challenges
Georges H. Rouzier/ Challenges

Deux solutions envisageables
D’abord, le sénateur de l’Artibonite, Youri Latortue, croit que la première approche doit être diplomatique. En ce sens, selon le parlementaire, il est urgent pour les deux républiques partageant l’île de dialoguer, afin d’éviter une aggravation de la situation. « La question doit être réglée avec diligence mais ce sont les institutions compétentes des deux pays qui doivent s’en charger », précise l’ex président du Sénat haïtien. Dénonçant les représailles subies par ses compatriotes à la frontière d’Anse-à-Pitre et Pédernales de la part de civils dominicains, Youri Latortue presse le gouvernement haïtien d’adopter des dispositions qui permettent enfin de garantir les droits de ses compatriotes. Il croit que la solution ne peut pas être uniquement diplomatique, soulignant que le déséquilibre économique entre les deux pays est un facteur non négligeable dans l’analyse des formes de traitement infligées. « Nos voisins ont plusieurs avantages sur nous autres en Haïti. Ils produisent et génèrent de l’emploi, alors que chez nous, c’est le chômage qui règne en maître », regrette M. Latortue. Pour inverser le cours de la situation, le sénateur Youri Latortue prône la relance de la production nationale et la création de centaines de milliers d’emplois.

Wandy Charles