Des maisons pour enfants ciblées par l’IBESR

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iStock/ Getty Images
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Sur les 757 maisons pour enfants répertoriées en Haïti, seulement 35 respectent le niveau standard de prise en charge, selon ce que révèle une étude réalisée par l’IBESR. Pour parvenir à un équilibre, l’institut annonce que de nouvelles mesures vont être prises contre tous ceux qui ne respectent pas les principes de prise en charge. Décryptons la situation.

Pour prendre connaissance du mode de fonctionnement des orphelinats, centres d’accueils et maisons pour enfants, l’Institut du Bien-être Social et de Recherches a réalisé une étude sur les maisons d’accueil, les orphelinats et autres maisons d’enfants (entre 2017 et début de 2018). Présentées en octobre 2018 au grand public, ces statistiques qui permettent à l’IBESR d’avoir des données sur la situation des centres d’hébergement d’enfants dans le pays, accusent un tableau sombre. Depuis, l’Institut livre une guerre sans merci aux centres d’accueil pour enfants et aux orphelinats qui fonctionnent en dehors des normes préétablies. « Il y a un nombre important d’enfants qui sont régulièrement victimes d’abus sexuels et d’abus physiques », dénonce la directrice de l’IBESR, Arielle Jeanty Vildrouin.

Pour une catégorisation des centres
Cette étude vise à faciliter l’élaboration d’une cartographie de ces centres, en trois catégories : vert, jaune et rouge. Les centres verts sont ceux qui respectent tous les principes établis par la loi. Les jaunes sont ceux qui ne remplissent pas toutes les conditions et méritent des améliorations. La catégorie rouge regroupe les centres qui ne se conforment pas aux règles en vigueur. Selon le tableau présenté par le chef de Service des œuvres sociales (SOS) de l’IBESR, Vanel Benjamin, la répartition est la suivante : sept cent cinquante-sept (757) maisons d’accueil d’enfants ont été repérées à travers les dix départements géographiques du pays. Parmi eux, trente-cinq (35) sont de catégorie verte, cent trente-neuf (139) sont de catégorie jaunes et quatre-vingt-onze (91) sont classées dans la catégorie rouge. Les résultats du rapport ont indexé quatre (4) maisons d’accueil où il y a des abus sexuels, et trois cent deux (302)autres centres dans lesquels il y a des abus physiques. Avec quatre cent soixante-treize (473) centres pour vingt-cinq (25) de catégorie verte, le département de l’Ouest est la région du pays qui contient le plus de centres d’hébergement d’enfants. Trois départements dont les Nippes, la Grand’Anse, le Plateau central ou le Nord-Est n’ont aucun centre de catégorie verte. Les maisons d’accueil recensées sont classées dans les catégories jaunes et rouges. Face à ce tableau obscur, le responsable de la brigade des mineurs, Diem Pierre, a annoncé des dispositions pour gérer les différents problèmes. D’abord, l’IBESR ne délivrera aucune autorisation pour ouvrir de nouveaux centres d’accueil pour cette période. Ensuite, un moratoire de quinze jours est accordé à tout centre ayant changé d’adresse sans l’insinuation de l’institution. Passé ce délai, l’action publique sera mise en mouvement contre ces centres disséminés dans la nature. Pour éviter le financement des centres illégaux, l’institution demande aux donateurs de privilégier seulement les trente-cinq (35) centres verts.

Un cas à signaler
L’orphelinat « The Goodness of God » a vu fermer ses portes en octobre dernier suite à une intervention au local de l’institution sise à la Croix-des-Bouquets. Les responsables de l’institut du Bien-Être Social et de Recherches (IBESR) ont accompagné un Juge de Paix et un substitut du commissaire du gouvernement de Croix-des-Bouquets pour opérationnaliser cette fermeture. Suivant les informations précisées dans une note de l’IBESR, l’orphelinat « The Goodness of God » hébergeait 51 enfants, dont 22 filles. « Ces enfants se trouvaient dans une situation de vulnérabilité et faisaient l’objet d’abus sexuels et de négligences graves », précise la note. Puisque le possesseur de l’orphelinat vit actuellement à l’étranger, aucun des responsables de l’orphelinat n’a été arrêté. L’IBESR a donc décidé de placer les enfants dans un autre centre d’accueil, jugé plus sécuritaire. Il est à souligner que le financement des projets ciblant des enfants en situation difficile en Haïti est évalué à 70 millions de dollars américains par année, selon ce qu’ont rapporté les responsables de l’IBESR. Cependant le constat demeure sombre et aucune amélioration n’a encore été enregistrée.

Marc Evens Lebrun