Défis présidentiels

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Centre de Sante Miraguane Photo par: Timothé Jackson

Rendre accessibles à tous les soins de santé

Aujourd’hui, moins de 47 % de la population haïtienne a accès aux soins de santé de base. Pour remonter la pente et permettre à un plus grand nombre d’avoir accès à des soins de qualité, tout futur président doit pouvoir répondre à ce défi.

Dans le cadre du budget 2015-2016, il est prévu la construction de 30 nouvelles infrastructures sanitaires dont deux centres ambulanciers régionaux. De nouveaux projets ambitieux pour le secteur santé, pouvant garantir le bien-être de chaque citoyen, nécessiteront des sources de financements rigoureux. Rebâtir la cinquantaine d’hôpitaux et de centres de santé détruits lors du tremblement de terre de janvier 2010 et faire davantage est le premier défi du prochain chef d’Etat. Entre 2011 et 2014, pas moins de quatre hôpitaux et 33 centres de santé ont été reconstruits. Et 35 autres infrastructures du genre sont en phase d’achèvement. Parallèlement, 15 hôpitaux et 42 centres et dispensaires endommagés par le séisme ont été réhabilités, selon un bilan des réalisations du ministère de la Santé publique et de la Population (MSPP). La prochaine équipe dirigeante devra agir pour permettre au système de santé haïtien de disposer de sa capacité d’avant 2010.

Un pari difficile
En fait, seulement 50 % des institutions de santé du pays disposent d’un espace logistique et administratif. L’ensemble du système fait face à des difficultés en termes de ressources matérielles et humaines. La barre des 6 000 professionnels de santé, incluant environ 723 Cubains, est déjà franchie, précise le Dr Florence Duperval Guillaume, ministre de la Santé. Mais, par rapport à la taille de la population (10 572 000 habitants selon la Banque mondiale), cet effectif est largement insuffisant, d’autant que dans cet ensemble les médecins ne représentent qu’une proportion de 3,6/10 000 habitant, selon le directeur général du MSPP, Georges Dubuche.

En 2011, le ministère de la Santé dénombrait 908 institutions de santé réparties comme suit : 278 publiques, 416 privées et 211 mixtes (pour trois d’entre elles, le statut n’a pas été identifié). Le département de l’Ouest à lui seul en regroupait 316 tandis que l’Artibonite, qui arrive en deuxième position en termes de population, n’en disposait que de 122. Se basant sur l’état de ces structures sanitaires trop souvent en manque de matériels et de personnels qualifiés et réguliers, l’on comprend pourquoi il est difficile d’avoir accès à des soins de santé de qualité. Mais le gros du problème est le suivant : l’Etat n’a pas les moyens de sa politique. En effet, il assure à peine 1/3 des dépenses de santé, alors que 80 % de l’enveloppe y relative servent à payer les salaires et faire fonctionner les différents services du MSPP.

Analysant la part du budget 2015-2016 allouée à la santé (6 622 752 601 gourdes), le prochain président va devoir réviser à la baisse ses ambitions, tout au moins au cours de sa première année de mandat.

La santé, un droit fondamental
La politique de santé, élaborée en 1996, établissait que « Tout citoyen haïtien, sans distinction aucune, a droit à des soins de santé préventifs et curatifs de qualité ». C’est un droit fondamental à garantir par l’Etat, admettent nombre des candidats en course pour le siège présidentiel. Ils se montrent d’ailleurs conscients de cette responsabilité et promettent d’en faire une priorité. Ces derniers savent pertinemment que le pays a besoin de citoyens formés, éduqués et en bonne santé pour pouvoir se développer durablement. Pour jouir d’un tel bien-être, les citoyens doivent avoir accès à l’eau potable, doivent pouvoir vivre dans un environnement salubre et se nourrir en quantité et surtout en qualité. En ce sens, la prochaine administration devra garantir une répartition équilibrée de l’offre de soins entre les milieux urbains et ruraux, améliorer la qualité de la prise en charge des pathologies (diarrhées, infections respiratoires aiguës, fièvre, anémie…) et lutter également contre les maladies courantes.

Respecter le droit à la santé, c’est tout bonnement respecter le droit à la vie. Et cela se manifeste par la prise en charge de tous ceux qui se présentent dans un centre hospitalier en quête de soins. Ce n’est pas toujours le cas surtout lorsqu’il s’agit d’interventions d’urgence. En fait, en Haïti, le service d’urgence laisse à désirer aussi bien dans le public que dans le privé. Généralement, la structure mise en place est dysfonctionnelle le soir en raison de l’absence répétée de certains médecins. Conséquemment, les cas de décès de patients accidentés sont fréquents à l’Hôpital de l’Université d’Etat d’Haïti (HUEH) et dans d’autres institutions sanitaires de référence. La précarité du système de santé résulte des faibles moyens financiers accordés à ce secteur. A partir des taxes collectées, l’Etat dépense seulement 40 $US par habitant (chiffres 2011), alors qu’en République dominicaine et à Cuba, cette somme atteint respectivement 291 et 458 $US.

Tant que nous n’aurons pas augmenté l’offre de soins qui permettrait notamment d’infléchir la courbe des taux de mortalités maternelle et infantile, d’éradiquer les maladies endémiques dont le choléra, et toute autre pathologie courante, nous ne parviendrons pas à augmenter l’espérance de vie des Haïtiens estimée aujourd’hui à environ 63 ans (source OMS) quand elle atteint plus de 77 ans en République dominicaine et plus de 79 ans à Cuba…

Cossy Roosevelt