Déchets : Résoudre la Problématique

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Photos by Georges H. Rouzier / Challenges

Le nouvel an a débuté dans un environnement inquiétant de déchets. Ils se sont empilés de manière impressionnante au point de constituer désormais un problème de santé publique. Qui va les enlever ? Les mairies attendent les installations des nouveaux élus et la confusion s’installe.

Les experts du ministère de l’Environnement sont inquiets devant la prolifération des zones de stockage public de déchets à travers la capitale et les villes de province. La quantité de déchets générés dans la seule capitale est évaluée à 6 000 m3 par jour. Très peu des ordures sont collectées et elles sont parfois brûlées au grand jour ou en attente d’une pluie abondante pour être amenées à la mer en roulant dans les rigoles…

5 millions de tonnes de déchets
Dechets1-GHR-CHA-RET-smSelon le SMCRS (Service métropolitain de collecte des résidus solides), les ordures en zone métropolitaine avoisinent globalement le chiffre de 5 millions de tonnes par an, incluant les ordures ménagères, les fatras dus aux démolitions, aux ustensiles usagés, aux produits commerciaux ou hospitaliers, etc. La problématique des déchets est également liée aux décharges sanitaires et aux déchets chimiques dangereux, véritables casse-tête pour les mairies qui ne disposent pas de sites de décharges sanitaires contrôlées ou clôturées en raison de l’absence de ressources. Les tentatives de transformations des ordures ménagères en compost (engrais) au Cap-Haïtien, aux Gonaïves ou à Jacmel n’ont bénéficié d’aucun suivi.

Trop de services pour rien
En réalité, il existe trop de services en Haïti pour s’occuper des détritus. Finalement, tout le monde attend que les autres agissent. Parmi ces services, selon la législation haïtienne, il existe en premier lieu le ministère des Travaux publics qui gère le SMCRS ; puis le ministère de l’Environnement qui s’occupe de l’assainissement ; le ministère de l’Agriculture, en charge de la lutte phytosanitaire ; le Bureau des Mines et de l’Energie pour le contrôle de la qualité de l’eau et de la lutte contre la prolifération des dépôts de fatras ; le ministère de la Santé publique et de la Population, qui gère l’ensemble des hôpitaux et est en charge de l’hygiène publique ; le ministère du Commerce et de l’Industrie qui est en charge des déchets générés par les marchés publics et les centres commerciaux et industriels. De son côté, le ministère de la Justice supervise la police qui doit empêcher les violations en matière de décharges tandis que le ministère de l’Intérieur est responsable des risques générés par les déchets. Le ministère de l’Education est en charge de la protection des écoles contre les détritus avoisinants alors que le ministère des Affaires sociales est responsable de la protection des ouvriers dans leur milieu de travail face à l’exposition aux déchets. Enfin, les services de voiries des mairies sont censés procéder au ramassage journalier des détritus en question. Pourtant, aucun de ces nombreux services ne semble fonctionnel en 2016.

Où déposer ses déchets ?
Personne ne sait véritablement quoi faire, ni où déposer ses déchets. Souvent les personnes partent de chez elles avec ceux-ci et les jettent n’importe où dans les rues à moins qu’ils ne les brûlent.

Comme il n’existe pas de réglementation relative à l’importation des produits chimiques, la population reste exposée à des risques énormes, surtout aux abords des décharges publiques. Le brûlage des pneus, des câbles, des produits en plastique, du styrofoam, des boîtiers de téléphones, de batteries de voitures, de carcasses de véhicules, polluant l’air, s’ajoutent aux multiples problèmes.

L’absence d’incinérateurs, la mauvaise gestion des fosses à déchets, le mauvais curage des latrines, la non-destruction de déchets biomédicaux et l’absence de traitement des ordures augmentent les dangers. Les déchets des industries textiles ou des laboratoires de photo attendent de trouver un endroit sûr pour être détruits. Il n’existe toujours pas de laboratoires d’analyses des intoxications, ce qui expose davantage la population à des problèmes respiratoires aigus ou d’empoisonnement.

L’agronome Jolivar Joseph, de l’organisation Aba Fatras, ne croit pas que le fatras constitue un problème de société. Ce qui l’est, selon lui, c’est la gestion qui en est faite : « A vrai dire, aucune gestion n’en est faite en réalité. On se plaint de l’excentricité des ordures mais, en réalité, elles peuvent être très utiles et servir au développement durable. Dire que ces 5 millions de tonnes pourraient servir valablement au niveau d’une ou de deux usines électriques et illuminer toute la ville ! En attendant, il faudrait les ramasser et les enfouir sous terre le plus tôt possible, en envisageant de les utiliser un jour à bon escient. » Mais avant d’envisager l’avenir, peut-être faudrait-il commencer par l’urgence et collecter ces déchets qui encombrent les rues et mettent en danger la population ?

Tania Oscar


A quoi sert le SMCRS ?

Dechets-GHR-CHA-RET-smLe Service métropolitain de collecte des résidus solides (SMCRS) a été créé par le président Jean-Claude Duvalier le 3 mars 1981. Depuis 2009, son ministère de tutelle est celui des Travaux publics. Le SMCRS sert en principe à collecter les déchets éparpillés dans les rues en collaboration avec les employés de la voirie des mairies de la capitale, des communes environnantes jusqu’à la Croix-des-Bouquets.

Le SMCRS a conçu l’an dernier, un projet de production (Phoenix) de 50 mégawatts d’électricité à partir des détritus et de pneus usagés dans le cadre de sa mission.