De l’eau potable et profitable

81
Modèle de véhicule utilisé pour transporter les récipients d'eau. Jim chu
Modèle de véhicule utilisé pour transporter les récipients d'eau. Jim chu

Procurer de l’eau potable, accessible même aux communautés éloignées, à un prix abordable et régulier, c’est le pari de DloHaiti. Cette  entreprise sociale fournit de l’eau potable aux consommateurs haïtiens mal desservis, avec un modèle économique qui semble durable et évolutif. 

Fondée en 2013 grâce à un investissement initial de l’IFC (Membre du Groupe de la Banque mondiale) et Jim Chu, un entrepreneur et investisseur technologique de Californie, DloHaiti dessert aujourd’hui régulièrement plus de 150 000 consommateurs d’eau propre et abordable (monitoré par le système informatique).

Proche des consommateurs
L’idée de Chu était de décentraliser le traitement de l’eau et sa distribution en construisant de petites unités de traitement sur des puits dans des dizaines de localités éloignées à travers le pays. Chaque unité est munie d’une pompe, d’équipements de purification, et le tout, informatisé, fonctionne à base d’énergie solaire. Les premiers points de distribution ont été installés dans les régions à forte croissance d’Haïti, essentiellement à l’extérieur des principales villes. Disponible dans les magasins locaux et chez les petits commerçants, le produit est très accessible, facile à trouver et proche des consommateurs autour de villes comme Cabaret, Arcahaie et Ouanaminthe. Ces sites produisent de l’eau potable traitée de haute qualité, Ovive, disponible à 25 gourdes pour un bidon scellé de 5 gallons d’eau propre, un prix stable qui est le plus bas du marché.

Rentable pour les revendeurs
La construction de chaque unité coûte 60,000 USD et l’eau est vendue sur place aux revendeurs, avec une réduction de 65 % du prix sur le marché, dans des récipients réutilisables de cinq gallons. Ovive est vendue par l’intermédiaire de petits commerçants. Le revendeur fait un profit de 5 gourdes sur 5 gallons vendus, et DloHaiti fournit des crédits pour qu’il puisse développer son activité avec peu de capital supplémentaire. Ce modèle rend l’eau potable plus disponible dans les campagnes et contribue à assurer la pérennité de l’ensemble du modèle d’affaires, puisque le revendeur peut subvenir à ses besoins très vite, sans un soutien financier continu. La marge de 20 % pour les commerçants et revendeurs locaux – plus élevée que les autres produits, assure la durabilité du modèle. L’accès au crédit d’inventaire permet l’expansion sans financement coûteux et la fourniture de plusieurs produits rentables, comme le lait en poudre. Ce modèle donne au commerçant la possibilité de faire ses profits sur un éventail plus large.

Social ou philanthropique ?
Après 25 ans d’expérience dans le monde des affaires de la technologie, Jim Chu, le fondateur de dloHaiti, est venu dans le pays comme volontaire après le tremblement de terre, pour aider les efforts de secours. « Mais après quelques mois à faire des projets d’assainissement de l’eau, j’ai compris que l’aide ne résoudrait pas les vrais problèmes de base du sous-développement d’Haïti. Dans le meilleur des cas, c’était un pansement mais, souvent, l’aide aggravait le problème en créant un écosystème autour de la dépendance et de l’argent des donateurs étrangers. » Son expérience en Haïti l’a convaincu que l’entrepreneuriat, l’investissement et les bons systèmes peuvent jouer un rôle important pour sortir de la pauvreté. « Je me suis connecté avec l’IFC, (la plus importante institution mondiale d’aide au développement) et nous avons conjointement financé et lancé une nouvelle société en 2013 pour construire des infrastructures d’eau potable dans les régions mal desservies d’Haïti ». Depuis sa création, l’entreprise s’est développée dans plusieurs villes avec plus de 500 petits commerçants et 10 plateformes. Elle emploie des dizaines d’Haïtiens dans les campagnes. « Nous pourrions toutefois faire beaucoup plus, car nous ne sommes présents que dans les départements du Nord, du Nord-Est et de l’Ouest. Je voudrais établir plus de sites dans les zones les plus touchées par le choléra. C’est là que notre impact sera le plus grand. Mon objectif principal est la collecte de fonds pour trouver des investisseurs dans la construction d’infrastructures afin que les entrepreneurs haïtiens puissent gagner de l’argent tout en servant une eau propre et abordable à de plus en plus d’Haïtiens », explique Jim Chu qui admet qu’il vise à être dans toutes les grandes villes et les villes à croissance rapide de tous les départements d’Haïti mais que la partie la plus difficile reste de convaincre les investisseurs de placer leur argent en Haïti.

Jim Chu, le fondateur de dlo haiti. Keziah Jones
Jim Chu, le fondateur de dlo haiti. Keziah Jones

Dlo Haiti a aussi développé un volet philanthropique grâce à des donateurs qui subventionnent l’eau propre fournie aux écoles dans les communautés où DloHaiti opère, en tirant parti des opérations existantes : le coût pour fournir de l’eau propre est inférieur à 5 USD par écolier et par an. Durant l’année scolaire 2016-2017, la compagnie a distribué de l’eau potable chaque jour à plus de 19 800 élèves de 146 écoles. Alors, une entreprise sociale, rentable et philanthropique ? « L’objectif principal de l’entreprise est la durabilité financière avec un impact social et économique positif. Le but n’est pas de gagner autant d’argent que possible. Nous essayons d’équilibrer suffisamment d’argent pour attirer les investisseurs, tout en veillant à atteindre nos objectifs d’impact social : fournir à la plupart des gens l’eau potable la plus abordable, tout en aidant l’économie haïtienne de la campagne qui travaille dur » conclut le fondateur de Dlohaiti.

Stéphanie Renauld Armand