Dahney Corielan: Le chômage des jeunes en Haïti une triste réalité

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Timothe Jackson/ Challenges
Timothe Jackson/ Challenges

Est Avocat au Barreau de Port-au-Prince depuis 2014. Il est détenteur d’une licence en Droit et en Sociologie, d’un diplôme de Master 2 en Histoire, Mémoire et Patrimoine et d’une attestation de Master 2 en Diplomatie et Coopération Internationale. 

Dans tous les pays du monde, les jeunes constituent à la fois un capital humain d’une importance primordiale pour le développement et un facteur déterminant du changement social, du développement économique et du progrès technique. Cela s’explique par leur esprit innovant, leurs nobles idéaux et leur énergie considérable. Les jeunes représentent ainsi une force positive pour le développement, la paix et la démocratie, qualité souvent camouflée par des stéréotypes négatifs référant à la délinquance et la violence . Néanmoins, il est difficile de définir la jeunesse de façon objective, celle-ci étant souvent considérée comme une « période de transition » ou de « construction de la personnalité ». Selon le Système des Nations Unies, les jeunes concernent la tranche d’âge de 15-24 ans. Mais, certains pays de l’Union européenne ont choisi de prolonger la durée de la jeunesse jusqu’à l’âge de 34 ans et, de plus en plus, les organismes statistiques, à l’image de l’INSEE et du Centre de recherche pour l’étude et l’observation des conditions de vie (CREDOC), privilégient pour leurs études la tranche d’âge 16-29 ans.

Panorama des jeunes en Haïti
En Haïti, 22,7 % de la population se situe entre 15 et 24 ans et plus de la moitié de la population a moins de 21 ans. Selon le rapport sur le Développement Humain 2013, l’âge médian de la population haïtienne en 2010  était de 21,5 ans. Du point de vue démographique, les jeunes âgés de 15 à 24 ans révolus ont une croissance plus rapide que la population totale (3 % contre 2,5 % l’an), au cours de la période comprise entre les recensements de 1982 et de 2003. En milieu urbain, la croissance des jeunes a été particulièrement accélérée, avoisinant le niveau de 6 % par an, au cours de la période intercensitaire. À ce rythme, la population urbaine des Jeunes, 1 795 267 individus en 2003, devrait doubler d’ici à 2015. Du point de vue éducatif, 63 % des jeunes, selon l’enquête réalisée par FAFO/IHE en 2009, savent lire et écrire avec facilité et 22 % avec difficulté (Total 85 %). 3 % plus de filles que de garçons sont alphabétisés et 65 % de jeunes urbains alphabètes contre 43 % de jeunes ruraux. 

Réalité socio-économique des jeunes en Haïti
Tant vaut la jeunesse, tant vaut la société. À chaque société, sa jeunesse, et à chaque jeunesse, ses modèles, ses qualités, ses dérives aussi. Il doit être ainsi dans tous les pays du monde, martèle Osman Jérôme (2014). En Haïti, la spirale descendante que prend depuis quelque temps la jeunesse haïtienne est alarmante. Loin de tout encadrement adéquat, la jeunesse est perçue comme un danger social en Haïti. Aucun gouvernement n’a su se doter de programme ou de politiques publiques pour cette catégorie importante de la société. Au contraire, elle est victime de politique d’exclusion et de discrimination. Du côté de l’emploi, les jeunes âgés de 18 ans et plus représentent 57,7% de la population haïtienne (IHSI 2015) et plus d’un tiers de ces jeunes sont au chômage. Quant à ceux qui travaillent, ils se trouvent en majorité avec des emplois faiblement rémunérés dans le secteur informel sans aucune protection sociale. Les jeunes haïtiens sans instruction sont les plus touchés par la crise de l’emploi. Ceci parce qu’ils ne possèdent aucune compétence les habilitant à trouver un emploi décent. En ce qui concerne les jeunes universitaires, ils ont de plus en plus de mal à trouver du travail à cause de la faiblesse de la demande de travail dans l’économie nationale, selon Fritz-Gérald Louis.

« LES JEUNES REPRÉSENTENT UNE FORCE POSITIVE POUR LE DÉVELOPPEMENT, LA PAIX ET LA DÉMOCRATIE.  »


En guise de perspective
La situation des jeunes en Haïti est une triste réalité, nous avons aujourd’hui une société haïtienne où les gens investissent davantage dans le show-business, les boîtes de nuit, le matraquage publicitaire pour l’alcool et la cigarette, au lieu de construire des bibliothèques, des librairies, des centres de recherches intellectuels. En ce sens, il est donc urgent pour l’État haïtien de mettre en œuvre des politiques publiques actives pouvant faciliter l’intégration des jeunes sur le marché de l’emploi.