Cuire autrement

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LE FOUR SOLAIRE peut être une alternative pour les boulangeries, par exemple. Photographie par gosol.org

Parce qu’Haïti poursuit sa course mortelle vers le déboisement, il est urgent de rallier tous les efforts locaux, internationaux et humanitaires pour changer les habitudes et les techniques de cuisson en Haïti.

Arriver à la cuisson « propre » en Haïti paraît illusoire, mais le vouloir est essentiel. Les contraintes économiques resteront, bien sûr, un obstacle majeur aux changements de comportements et habitudes en matière de cuisson. Le charbon est utilisé par 75 % de la population parce qu’il se trouve partout et qu’il suffit de quelques gourdes pour en acheter et cuire. Ce n’est le cas d’aucun autre combustible à date. Mais pressoirs et guildives devraient avoir les moyens de passer à une énergie plus propre ainsi que tous les projets collectifs et communautaires. Même pour les plus petits consommateurs, les options existent.

Le réchaud amélioré
Il existe déjà un moyen de mieux utiliser le charbon, c’est en choisissant un réchaud dit amélioré qui, grâce à l’enveloppe de métal qui l’entoure, permet de concentrer l’effet calorique. Le foyer est plus intense et concentré sous le récipient à chauffer ce qui permet de mieux cuire avec moins de charbon.

La cuisson au propane ou au gaz de pétrole liquéfié
Plus économique que le charbon, la cuisson au propane est aussi plus propre et plus efficace. Mais il faut un réchaud spécial et pouvoir acheter une bonbonne de 12, 50 ou 100 lb, ce qui représente un coût de départ important. Trop important pour les petites bourses. C’est désormais vers ce type d’alternative que les cantines scolaires et les ONG se tournent pour les projets qui impliquent de la cuisson. Cette énergie devrait être la première option pour les ménages et entreprises en zone urbaine dès lors qu’ils en ont la capacité pécuniaire.

Fours solaires et autres pistes
Ethanol de maïs pour remplacer le kérosène ou le GPL, briquettes (lire ci-contre) ou encore fours solaires, qui permettent de concentrer les rayons du soleil grâce à un jeu de miroirs, sont des pistes pour réduire à la fois le coût de l’énergie et les effets collatéraux (pollution et déboisement) de la cuisson. La technique solaire offre de nombreux avantages : les températures atteintes sont très élevées et les applications possibles très nombreuses. Avec les concentrateurs, il est possible de produire de la chaleur entre 120 et 350 °C ce qui représente 90 % des consommations d’énergies pour les activités industrielles et artisanales. Une alternative envisageable pour les boulangeries par exemple à l’image du projet mené par goSol.org (www.gosol.org/Haiti).

Stéphanie Renauld Armand


Le charbon vert : une solution ? 

Une briquette est une forme de combustible solide qui est produite à partir de matière végétale ou de déchets solides et qui est utilisée en substitution au charbon pour la cuisson domestique.

En Haïti, l’usine El Fuego del Sol produit 5 000 briquettes par jour avec une machine manuelle. Les ingrédients utilisés sont essentiellement le carton, le papier et la sciure de bois, qui sont transformés en pâte et placés dans des moules rectangulaires pour être séchés. L’entreprise Ticadaie, quant à elle, produit des briquettes à base d’argile, de sciure de bois, d’amidon et de poudre de charbon récupérés. Ces briquettes sont moins chères que le charbon et plus respectueuses de l’environnement.

 LE CHARBON DE BOIS, responsable majeur du déboisement en Haïti, peut être remplacé pour la cuisson.
LE CHARBON DE BOIS, responsable majeur du déboisement en Haïti, peut être remplacé pour la cuisson. Georges H. Rouzier / Challenges

100 écoles au propane

Haiti Breathes est un partenariat entre Central World Kitchen et Switch Haïti. Ce projet cible 100 écoles de Port-au-Prince et ses environs pour la conversion de cuisinières de charbon au gaz de pétrole liquéfié et fournit la sécurité alimentaire et à la formation de l’assainissement. World Kitchen Central investit dans l’équipement et la formation des 100 écoles et de centaines de cuisiniers scolaires sur la sécurité alimentaire et l’assainissement. l

Georges H. Rouzier / Challenges
Georges H. Rouzier / Challenges