Le cri d’alarme de la langouste

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Si vous aimez la langouste, désignée sous le nom de « homard» en Haïti, alors abstenez-vous d’en manger de mars à juin. Cette espèce très recherchée est victime de surpêche dans les Caraïbes. Pour pouvoir exploiter et déguster encore longtemps cette ressource, il faut la préserver…

L es ressources du fond de la mer ont été exploitées très tôt dans l’histoire de l’occupation humaine des Caraïbes. Parmi les espèces à mobilité très réduite sur le fond, les lambis occupaient une place importante dans l’alimentation des Indiens caraïbes*. Si la pêche est restée très artisanale en Haïti, elle n’en est pas moins intensive pour certaines espèces. Sans être un secteur stratégique de l’économie haïtienne, sa contribution est loin d’être négligeable. Sur plus de 1700 km de côtes, la production nationale est estimée à environ 8 000 tonnes par an dont 2 000 tonnes de crustacés (crevette, crabes et langoustes) et 300 tonnes de lambi*.

DES CANOTS restent au large en attendant de trouver d’autres alternatives

Menacée par la surpêche

Deux espèces principales de langoustes sont exploitées dans la région, Panulirus argus (langouste ou homard blanc) et Panulirus guttatus (langouste brésilienne). Selon le World Wildlife Fund (WWF), organisation internationale qui protège les espèces menacées, les stocks de l’océan Atlantique Nord-Ouest (Caraïbes et Brésil) sont victimes de surpêche. Dans notre région, et particulièrement autour de notre île, les langoustes sont plus difficiles à trouver et de plus petite taille. Entre la rareté des ressources du côté haïtien et la fréquentation touristique du côté dominicain, la pression sur la population locale de langoustes s’accroît. Il est indispensable d’agir maintenant avant que ce ne soit irréversible et que les langoustes ne disparaissent de la zone comme dans de nombreux autres endroits des Caraïbes.

Pour éviter que l’extinction ne devienne une réalité, les gouvernements de pays caribéens et d’Amérique Centrale ont imposé de façon simultanée une interdiction de pêche du 1er mars au 30 juin. C’est la période de reproduction et il est nécessaire de respecter cette interdiction pour éviter la destruction de milliards d’œufs. Dans les différentes zones de pêche du monde, des règles communes d’exploitation sont d’ailleurs adoptées, notamment la protection des immatures (des langoustes trop jeunes) par l’instauration d’une taille minimale de capture réglementaire (14 cm pour la queue et 8,90 cm pour la carapace). On rejette également toute langouste qui porte des œufs.

Interdire la pêche et sensibiliser les gourmets

En République Dominicaine, le village très touristique de Las Terrenas (nord-est) a lancé l’initiative « El Compromiso de la langosta » (Le compromis de la langouste). Un engagement à respecter la loi d’interdiction de pêche avec à la clé, un diplôme en bonne et due forme et une belle publicité pour les adhérents ou une mise au ban et une image catastrophique pour les récalcitrants. Leur campagne vise à sensibiliser les acteurs, pêcheurs, restaurateurs, commerçants pour les pousser à observer cette période morte.
« Cela n’a pas pour but de priver les pêcheurs de travail, bien au contraire. C’est pour les aider à stabiliser la population de langoustes, en leur permettant une pêche abondante mais responsable. Ceux qui signent cet engagement figureront sur le site web, les réseaux sociaux, les journaux locaux et d’autres supports s’adressant aux touristes ou aux
locaux
… », explique le site bioterrenas.com.

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En Haïti, la langouste fait théoriquement l’objet d’une protection officielle depuis 1977. Mais la pêche à la langouste continue dans la plus parfaite illégalité. Pourtant, une prise de conscience semble se produire ce printemps et c’est surtout par les acheteurs que commence le changement. Quelques posters de la Fondation Audubon, certains restaurants et au moins un supermarché affichent leur respect de la saison de reproduction en bannissant les langoustes de leur carte et de leurs étals. Un grand bravo à ces protecteurs de la nature et à vous qui nous lisez si vous acceptez d’oublier la langouste quelques mois par an afin de réjouir vos papilles en toute honorabilité lorsque la saison cruciale sera terminée. C’est ça aussi investir dans le futur !

Stéphanie Armand Renauld