Courant 24/24: Le gouvernement mise sur les investissements privés

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Photographies par Georges H. Rouzier/ Challenges
Photographies par Georges H. Rouzier/ Challenges

Mise en place des mini-réseaux et du réseau national : le projet d’électrification 24/24 pour faciliter la relance de l’économie haïtienne suit son cours, selon l’ANARSE. L’Autorité nationale de régulation du secteur de l’énergie se garde toutefois de fixer un délai pour l’achèvement des travaux.

Pour le directeur général de l’Autorité nationale de régulation du secteur de l’énergie (ANARSE), bien des progrès ont déjà été réalisés dans le cadre du programme national d’électrification. Evenson Calixte cite le cas de plusieurs communes, notamment les Irois, où ont été installés des mini-réseaux qui desservent les ménages des centres-villes au moyen de compteurs prépayés. Ce choix s’explique, selon lui, par la nécessité de répondre à la réalité de 300 à 400 mille ménages qui vivent dans les zones à forte densité de population, mais éloignés des réseaux régionaux.

 Pour les alimenter, il est donc, pour le moment, plus économique, pense-t-il, de mettre en place, dans une première phase, des petits réseaux individuels fonctionnant de manière indépendante et exclusivement à partir des énergies renouvelables, en particulier du solaire photovoltaïque. L’État ne dispose pas de l’argent nécessaire pour la construction des 100 mini-réseaux prévus, reconnaît le patron de l’ANARSE. D’où l’ouverture du marché aux investissements privés, annonce-t-il, soulignant que la stratégie de l’ANARSE, y compris pour les deux autres volets du programme national d’électrification, est claire : libéraliser le marché de l’énergie. Il rappelle l’existence d’un décret à cet effet. Nous nous appuyons là-dessus, poursuit-il, pour mobiliser des investissements privés sur toute la chaîne de valeur du réseau électrique, c’est-à-dire la production, la distribution et la commercialisation. Calixte fait mention, dans ce sens, d’un appel à pré-qualification lancé il y a quelques mois et qui a permis de retenir 21 des 42 firmes qui se sont manifestées. L’autorité de régulation, de concert avec la cellule de l’énergie du ministère des Travaux publics, est en train de réaliser les études nécessaires avant de passer à l’étape d’appel d’offres pour les mini-réseaux, informe-t-il. L’ANARSE espère boucler  tout le processus et commencer les travaux dans les prochains mois.

Le volet électrification rurale
Les 300 à 400 mille ménages qui constituent la clientèle des centres-villes des communes font, en fait,  partie d’un total de 1,4 million vivant dans les provinces et qui ne sont pas alimentés sur un réseau régional structuré et interconnecté. Le million restant vit dans les sections communales, dans des maisons éparpillées et séparées, souvent par une distance de plus de 1 km. Des conditions donc loin de garantir la viabilité financière nécessaire à la mise en place des mini-réseaux, selon le directeur de l’ANARSE. De là, souligne-t-il, l’idée du programme « Kay pam klere », destiné à alimenter les ménages concernés à l’aide de systèmes solaires individuels.

La mise en place du réseau national

Une vue du barrage hydroélectrique de Péligre.
Une vue du barrage hydroélectrique de Péligre.

Ces efforts visent à répondre  à seulement 30 % de la demande nationale en énergie électrique. Celle-ci est estimée, par l’ANARSE, à 800 mégawatts pour les trois prochaines années, si l’on considère l’hypothèse que tous les gens aujourd’hui en autoproduction, c’est-à-dire s’alimentant à partir de leurs propres panneaux solaires, groupes diesel et inverter, reviennent sur le réseau s’il fonctionnait normalement. La majeure partie de la demande est concentrée, selon l’autorité nationale, dans le bassin de la région métropolitaine (de l’Arcahaie à  Léogane) et les 9 autres grands réseaux régionaux (Cap-Haïtien, Port-de-Paix, Fort-Liberté, Jérémie, les Cayes, Petit-Goâve, Sud-Est, Nord-Est et Nord-Ouest). Une plus grande part est revenue à la région métropolitaine : 4 à 5 cents mégawatts. Avec une production actuelle oscillant, dans cette zone, entre 100 et 110, le déficit à combler est de plus de 300 mégawatts, comme le fait remarquer Evenson Calixte. Là encore, il évoque un appel à pré-qualification, mais cette fois, pour recruter des firmes qui auront à travailler sur les dix régions qui seront interconnectées. Les résultats préliminaires sont en cours de traitement et seront publiés un peu plus tard, indique-t-il. Au nombre des travaux nécessaires, le haut fonctionnaire public annonce la construction, à Cabaret, d’une centrale de 300 mégawatts fonctionnant au gaz naturel, la rénovation de 9 des dix sous-stations existantes dans la région métropolitaine et la construction de 3 autres pour pouvoir amener l’énergie produite dans les ménages. Des travaux que l’ANARSE projette de démarrer en 2019 et dont le financement fait actuellement l’objet de négociations avec Taïwan, pour un prêt de 150 millions de dollars.

Rodrigue Lalanne