Cocoyer Beach : une perle rare

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Photo by Cossy Roosevelt / Challenges

A PIED, la découverte de Cocoyer Beach se mérite après une longue marche sur des pentes escarpées.

Quand certains choisissent la voie maritime, pour d’autres, en passant par Trou Chouchou (3e section communale de Petit-Goâve), 90 minutes de marche s’imposent sur des pentes escarpées et rocailleuses, en traversant une végétation encore sauvage, pour découvrir une perle rare : Cocoyer Beach.

C
ocoyer Beach s’étend sur plusieurs kilomètres d’un sable blanc d’une pureté extraordinaire sur lequel des baigneurs (grands et petits) marchent comme sur du satin, alors que d’autres exposent leur corps au soleil et aux petites vagues tièdes qui viennent terminer leur course sur ce littoral magique. Le journaliste Wilson Saint-Juste, qui a déjà exploré nombre des sites touristiques du pays, avoue que « ce plaisir est exquis et on ne le trouve nulle part ailleurs ». Il ne se passe pas une semaine sans que des embarcations motorisées ne viennent jeter l’ancre et que de petits groupes de touristes étrangers passionnés de la nature débarquent sur la plage, rapporte Nicole Lumaine, responsable de l’Association des femmes pour l’avancement de Cocoyer Beach (OFAC). « Les quelques visiteurs prennent surtout plaisir à déguster des plats de fruits de mer préparés à partir de recettes créoles précieusement sauvegardées depuis plus d’un siècle », révèle Nicole qui passe la majeure partie de son temps à veiller au bonheur de tout un chacun. Faisant aussi partie du Comité de gestion de la plage, elle participe grandement à l’assainissement des lieux.

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POUR 10 $, les touristes peuvent passer la nuit sous une tente sur l’une des plus belles plages de la Caraïbe. Photo by Cossy Roosevelt / Challenges
POUR 10 $, les touristes peuvent passer la nuit sous une tente sur l’une des plus belles plages de la Caraïbe. Photo by Cossy Roosevelt / Challenges

Un paradis délaissé
Enveloppé le jour par un soleil de rêve, éclairé le soir par des lampadaires installés sous l’administration de Laurent Lamothe, Cocoyer Beach est resplendissante toute l’année. Avec 10 dollars, on a le privilège de dormir sous une tente dans un environnement agréable et salubre en toute sécurité. Mais aujourd’hui, en l’absence d’infrastructures hôtelières, le nombre de visiteurs reste limité. Daniel Lumaine, gérant responsable de la plage, se rappelle encore des périodes au cours desquelles la plage recevait des flux incessants de touristes français, américains et canadiens. Cocoyer Beach, appartenant au domaine « Le Relais de l’Empereur », a été rénovée dans les années 70 à l’initiative du français Olivier Coquelin. Hôtel, piscine avec bar, disco-club… tout ce qui pouvait mettre un touriste dans son bain. Entre 1970 et 1980, Olivier Coquelin a transformé le Relais et l’Habitation Leclerc à Martissant (Port-au-Prince), qui lui appartenait également, en « hedonistic hot spots » courus de la jet-set du monde entier. La piscine de 150 pieds, qui faisait la joie des baigneurs avec ses colonnes et son bar, a été sérieusement endommagée par le séisme du 12 janvier 2010. Les habitants de la localité de Kokoye assistent à une déchéance continue des lieux, au point qu’ils s’inquiètent de voir ce joyau de la nature perdre tous ses atouts. Environ 3 000 personnes vivent aux alentours de Cocoyer Beach et dépendent en partie de la générosité des touristes étrangers qui acceptent de contribuer à l’entretien du site contrairement aux visiteurs haïtiens plutôt réticents sur ce point. Une partie des fonds collectés sert à financer l’éducation des enfants qui peuvent terminer leurs études primaires à Trou Chouchou et ensuite se rendre à la ville la plus proche pour boucler le cycle classique.

Entre développement et sauvegarde
Cocoyer Beach est surtout connu par les touristes étrangers. Mais, depuis quelque temps, des officiels de haut rang, des hommes et femmes d’affaires semblent s’intéresser à ce patrimoine. La plage a en effet été foulée notamment par le président Michel Martelly, l’ancien Premier ministre Laurent Lamothe ou encore la ministre du tourisme Stéphanie Balmir Villedrouin. A l’instar de tout visiteur, ils sont restés ébahis devant la magnificence de l’une des plus belles plages naturelles de la Caraïbe. Mais cette plage a su conserver toute sa beauté paradisiaque en partie grâce à son inaccessibilité. Michel Martelly voit d’ailleurs d’un mauvais œil la construction d’une route conduisant à cette destination touristique. Il l’a répété récemment à Daniel Lumaine expliquant que ce site restera une perle tant que son environnement sera à l’abri des spoliateurs. Le gérant responsable de Cocoyer Beach espère tout de même que les autorités prendront en compte les besoins des habitants de Trou Chouchou en matière d’agriculture, de santé, d’éducation et d’infrastructures routières indiquant que « c’est la seule façon de protéger le site contre le phénomène du déboisement ». En d’autres termes, le niveau de pauvreté de la communauté peut avoir de graves conséquences sur la plage si la forêt qui l’entoure était attaquée et que des constructions anarchiques s’y implantaient. D’autres habitants s’inquiètent quant à une éventuelle prise en main de la plage par une firme commerciale, nationale ou étrangère. Le comité de gestion serait alors remplacé par une nouvelle structure. Mais, pour l’instant, quelques dizaines de touristes continuent d’arriver par la montagne et par la mer pour jouir des délices de Cocoyer Beach. Presque seuls au monde.

Photo by Cossy Roosevelt / Challenges
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Cossy Roosevelt