Chavannes Jean-Baptiste

112


L’attachement de Chavannes Jean-Baptiste à la terre est sans faille. Promoteur indomptable de l’agriculture, le leader des paysans avait compris très tôt que
‘’quand le champ fructifie, l’âme se fortifie’’, comme il est dit dans la Dessalinienne.  

« Si par grand malheur les 1 358 508 hectares de  terres cultivables dont dispose Haïti n’arrivent plus à produire, Chavannes Jean-Baptiste mourra de faim… ». À l’évidence, cette réflexion est on ne peut plus exagérée. Pourtant, elle explique clairement le goût naturel et viscéral de ce septuagénaire pour la production locale. Ici en Haïti, personne ne promeut mieux l’agriculture que ce fils de paysan né à Bassin-Zim, dans la commune de Hinche, le 17 février 1947. Quand Chavannes Jean-Baptiste disait en 2015 lors d’un rassemblement politique que «  Chacun doit pouvoir manger à sa faim  » , il ne s’agissait pas d’un simple slogan pour la campagne électorale du candidat à la présidence qu’il était à l’époque. Cette affirmation est le socle même de sa philosophie qui semble se résumer par le laborare est orare. La grande histoire d’amour de Chavannes avec la terre, l’eau, l’environnement, l’écosystème en général, a des racines très profondes qu’on retrouve dès sa plus tendre enfance. Son père et sa mère, agriculteurs à peine lettrés, l’emmenaient habituellement avec eux dans leurs champs pour ensemble les cultiver ; et c’est là que lui est venu le goût pour l’agriculture. Une fois ses études classiques bouclées, non sans grande peine puisqu’il devait marcher quotidiennement trois heures pour se rendre à l’école, Chavannes a fait le choix de sortir des sentiers battus du dilettantisme pour devenir un professionnel en matière agricole. Agronome, technicien en agriculture, spécialiste en agroécologie et en permaculture, spécialiste en éducation, organisation et gestion coopératives, Chavannes Jean-Baptiste est tout cela à la fois et plus encore…

 

Homme d’action et d’engagement

S’il est un domaine où poussent, fleurissent et portent fruits les plus belles idées de Chavannes Jean-Baptiste, c’est celui de l’Agriculture. C’est bien ce qui fait toute sa réputation d’ailleurs ! C’est ainsi qu’en 1973, il a fondé le Mouvement Paysan de Papaye (MPP), une structure qui compte, selon le dernier recensement effectué en 2012, environ 61 000 adhérents sur le Plateau central. Son but : apprendre aux Haïtiens les techniques d’une agriculture durable, développer l’économie, protéger l’environnement et assurer la survie de chacun. Conscient que l’argent carbure de tout ou presque, l’infatigable créateur a mis sur pied en 1976 une coopérative d’épargne et de crédit au profit des paysans, SERE POU CHOFE. Connaisseur des bienfaits de l’éducation pour l’homme et son milieu,  il a élaboré et mis en œuvre un programme national de formation de cadres paysans dès 1979. De sa vision plus étendue et plus fertile que les champs qu’il cultive, sont nées des coopératives de production agricole disséminées dans le Nord, le Nord-est, le Nord-Ouest, le Sud et le Centre du pays entre 2000 et 2004. Internationalement reconnu pour son engagement dans la promotion de l’agriculture, Chavannes Jean-Baptiste a été membre du comité de Coordination au niveau de la ViaCampesina Internationale, de 2008 à 2015.

L’homme politique…

Le politique qu’est Chavannes Jean-Baptiste ne fait pas autant de bruit que le leader paysan incontestable et incontesté qu’il demeure depuis plus de cinquante ans. Plébiscité par les membres d’une structure politique à laquelle il appartient, KONTRAPEPLA, Chavannes s’était présenté à la présidentielle de 2015 et allait se retirer ensuite de la course à cause du « climat de fraude » qui y régnait dès le début. Chef d’État raté, Chavannes a été pourtant conseiller politique de deux Présidents, Jean-Bertrand Aristide et feu René Préval.

GeorGes E. Allen