Charles Henri Baker : Notre Haïti d’aujourd’hui

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Photographie par Ralph Thomassaint / Challenges

Charles Henri Baker est né le 3 Juin 1955 à Port-au-Prince des époux Louise Barranco et Edouard Baker. Marié à Marie Florence Apaid, il est père de quatre enfants et grand-père de dix. Diplômé en Business Administration, il est agriculteur et propriétaire de L’Habitation du jour. Industriel, il est également président du parti politique RESPE.

En 2005, constatant l’état triste et dégradant de notre pays, voulant laisser à mes enfants et petits-enfants une Haïti en voie de redevenir « la perle des Antilles », j’ai pris la décision, en tant qu’homme d’action et non de palabres stériles, de devenir candidat à la présidence de notre pays, ne me doutant pas de la galère dans laquelle je me mettais.

Je veux parler de l’état lamentable de nos politiques, nos dirigeants, qu’ils soient du secteur public ou privé et d’une internationale se disant « amie d’Haïti » qui semble avoir perdu le sens du devoir.

La Constitution doit être notre unique boussole et guide. Lorsque des citoyens l’ignorent sans se rendre compte que leurs intérêts personnels sont liés directement à l’intérêt collectif, on cesse d’avoir un pays. On est simplement réduit à un morceau de terre ou des « setoupamist » tirent le drap chacun de leur côté. Aujourd’hui, nous ne méritons pas d’avoir hérité de cette terre d’Haïti et de son histoire que nos ancêtres nous ont léguées.

Après les dernières élections, j’ai pris la résolution de ne plus briguer aucun poste électif. Bizarrement, aucun journaliste ne s’est jamais enquis de la raison de cette décision.

Aujourd’hui, je voudrais partager avec vous mes pensées. Je ne suis pas devenu candidat à la présidence de mon pays par intérêt personnel mais plutôt pour diriger en donnant l’exemple dicté par trois principes essentiels : l’ordre, la discipline et le travail !

Notre pays offre un tableau désolant : 70 % de chômage, une misère galopante, une insécurité qui ne cesse d’augmenter et un environnement qui se détériore à vue d’œil.

« DES CITOYENS INTÈGRES, ÉDUQUÉS, PATRIOTES, DOIVENT TRISTEMENT CÉDER LA PLACE À DES GENS AMORAUX QUI NE VOIENT QUE LEURS PROPRES INTÉRÊTS »

 

Pourquoi en sommes-nous arrivés là ? La réponse est simple : ce sont les conséquences de nos inconséquences. Des citoyens intègres, éduqués, patriotes, doivent tristement céder la place à des gens amoraux qui ne voient que leurs propres intérêts. Voilà l’Haïti d’aujourd’hui !

Ayant participé aux élections en 2005, 2009, 2010 et 2015 j’ai pu constater qu’il y avait un effort systématique et antidémocratique d’empêcher nos citoyens d’exprimer leur volonté pour un avenir meilleur à travers les urnes. Le seul recours serait l’illégalité ou des promesses de partage de gâteau, choses que je ne ferai jamais. N’étant pas prêt à prendre les armes à l’image de nos ancêtres, j’ai décidé de me retirer comme candidat, sans aigreur, sans rancune, mais avec une multitude d’inquiétudes.

Les masses défavorisées deviennent de plus en plus misérables alors qu’une petite minorité continue à s’enrichir, en utilisant leurs positions ou influences dans les gouvernements. Ceci est une recette propice à un soulèvement social aux effets incalculables.

Sans des élections honnêtes, nous continuerons, pour paraphraser cet ambassadeur français, à creuser le gouffre. Ceux qui vous disent que le peuple est sans éducation, qu’il ne comprend rien, qu’on peut l’acheter pour une monnaie, qu’il n’a pas de conviction, se trompent ! Il comprend si bien qu’il ne vote plus, ayant perdu confiance en ce processus démocratique et ces élections bidons imposées par une partie de l’international et un secteur mafieux de notre pays.

Que dieu nous garde et nous protège.

A bon entendeur salut !