Cécile McLorin Salvant explore ses racines haïtiennes

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LA CHANTEUSE a reçu le Grammy 2016 du meilleur album de jazz vocal. Photo par ark fitton

Lauréate d’un Grammy en 2016, Cécile McLorin Salvant, chanteuse de jazz de 26 ans d’origine haïtienne, s’exprime sur l’aide à Haïti et l’importance de l’éducation pour réussir. Rencontre.

Se produire en spectacle à Haïti a toujours quelque chose de spécial pour la célèbre chanteuse Cécile McLorin Salvant, qui a remporté un prix Grammy cette année pour son troisième album, For One to Love. « La culture haïtienne possède un amour profond de la musique et de la danse, explique la chanteuse de 26 ans. C’est un grand plaisir que de travailler dans un tel environnement. »

Votre père est Haïtien. Comment la culture haïtienne a-t-elle donc influencé votre vie ?
« Pour répondre honnêtement, pas autant que je l’aurais souhaité. J’étais beaucoup plus proche de mon héritage français puisque ma mère a joué un rôle très important dans mon éducation. Je n’ai jamais appris à parler créole et je n’ai pas visité Haïti très souvent, alors j’avais tant à découvrir et à apprendre sur Haïti, même encore aujourd’hui ! »

Quand y êtes-vous allée pour la première fois ?
« J’y suis allée lorsque j’avais 2 ans mais, bien sûr, je ne me souviens de rien. Ma première visite en tant qu’adulte a été très émouvante. Haïti était devenu un endroit légendaire pour moi puisque c’est de là que ma famille vient. J’avais ces idées et ces images du pays que mon père m’avait décrites et que j’avais vues en photo. Mais il y a toute une différence entre l’idée qu’on peut se faire d’un endroit et de le voir dans la réalité. J’y suis allée tout de suite après le tremblement de terre, enfin pas immédiatement, mais tant de gens vivaient dans une situation désastreuse. Bien sûr, une certaine forme de culpabilité finit par s’installer et vous pousse à vous demander “Je ne suis jamais venue ici. Est-ce que j’aurais dû venir ici avant et aider ?” C’était une expérience douce et âpre, mais aussi magnifique parce qu’il s’agit toujours d’une culture très riche. Je la trouve sublime et c’est merveilleux de se sentir comme si on rentrait à la maison. »

On dirait bien que vous cherchez à offrir plus que votre musique à Haïti…
« J’y pense depuis un moment. J’ai donné quelques spectacles pour une organisation appelée HELP (Haitian Education & Leadership Program). Il s’agit d’une organisation haïtienne de financement aux étudiants pour leur permettre d’aller à l’école et même au collège. Je crois que l’éducation est la clé de tout. Un pays où les gens sont très éduqués et ont accès à l’école permet à tous d’avoir de meilleures chances dans la vie. »

Et en ce qui concerne votre carrière musicale, vous préparez quelque chose ?
« Je travaille sur un nouvel album que nous allons probablement enregistrer à l’automne. J’aimerais explorer d’autres voies musicales avec mon groupe. Ce projet risque d’être très amusant. »

On retrouve une photo de vous sur Facebook où vous tenez votre Grammy du meilleur album jazz vocal que vous avez remporté cette année. Pourriez-vous nous décrire votre impression après avoir tenu ce prix pour la première fois ?
« Sur cette photo, je me tenais debout dans une salle de presse devant environ 15 photographes. On se dit “Oh mon Dieu, tous ces gens veulent me photographier”. Et on oublie un moment que l’on est une chanteuse de jazz ! C’est un petit moment de rêve. Dans un genre musical aussi peu médiatisé, obtenir un Grammy me pousse vraiment à continuer dans cette direction. »

Chris Azzopardi