Budget 2018-2019, le miracle est-il possible?

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Timothé Jackson/ Challenges
Timothé Jackson/ Challenges

Dans son traditionnel message de Noël et de fin d’année, le président Jovenel Moïse a reconnu que l’année 2018 avait été très difficile sur le plan économique et a promis d’améliorer la situation de la population en 2019. Cela n’est possible qu’avec un budget orienté vers le social et l’investissement à des fins de développement durable, laisse entendre le gouvernement Céant. De l’avis de certains économistes haïtiens, il faut avant tout une meilleure gestion des maigres ressources de l’État.

En déposant le projet de budget 2018-2019 dans les deux chambres du Parlement, le ministre de l’économie et des finances, Ronald Décembre, a indiqué clairement que l’enveloppe de la République, estimée à 172,8 milliards de gourdes (110 milliards consacrés aux dépenses de fonctionnement et 62,8 aux investissements), s’orientait cette année vers le social. « Vu l’aggravation de la situation économique du pays, l’administration Moïse/Céant s’engage à supporter les couches les plus vulnérables », annonce-t-il. On peut déduire que les programmes Kore Etidyan, Cantine mobile, Panier solidarité, Restaurant communautaire, Ti manman cheri, Kredi Atè Plat seront les leviers privilégiés pour améliorer les conditions de vie des masses défavorisées en 2019. Ces outils sociaux devront contribuer à changer la donne, espère le Directeur du Fonds d’assistance économique et sociale (FAES), Charles Ernest Chatelier. Dans cette même vaine, le ministère de l’Agriculture et celui des Travaux publics auront un grand rôle à jouer dans l’axe social. « Le ministère des Travaux publics va participer à la croissance de 2,8 % par la construction des logements sociaux, des infrastructures à vocation sociale telles des écoles, des hôpitaux, des dispensaires, des parcs… », croit le grand argentier national. La tâche sera ardue quand on sait que le contexte actuel exige de faire appel à des stratégies pratiques et des sacrifices pour le bien de la collectivité.

Réduire le train de vie de l’État
Tenant compte des faibles moyens de l’État, il y a lieu pour l’exécutif de supprimer les dépenses non-essentielles, comme le réclament de nombreuses organisations de la société civile. En ce sens, l’économiste Etzer Emile préconise d’abord : une réduction des privilèges, des allocations budgétaires suffisantes à des institutions ou secteurs prioritaires, un équilibre dans la redistribution des ressources et la collecte de taxes. Ensuite, il appelle à freiner l’évasion fiscale, à rationaliser les dépenses, à produire des richesses et à augmenter les revenus au niveau des entreprises. Ainsi, les recettes fiscales et douanières seront plus importantes, explique-t-il. Son approche ne diffère guère de celle du ministre haïtien de l’Économie et des finances qui souligne la nécessité pour que « toutes les institutions étatiques fassent des sacrifices pour supporter les coupes exercées dans le budget 2018-2019 », des coupes qui seront exercées au niveau des biens et services.

La population s’inquiète face à la montée des prix des produits de première nécessité.

Mieux gérer les ressources de la République
Il y a lieu de mener une guerre sur tous les fronts pour assainir les finances publiques. À ce propos, Alix Pierre-Louis, professeur à l’université et membre de l’Observatoire National des Finances Publiques affirme qu’il existe assez de cadres compétents pour élaborer les meilleures stratégies qui permettent de mieux gérer les ressources limitées de la République t et résoudre la grave crise économique que traverse Haïti. Francisco Jovin, coordonnateur de l’Observatoire National des Finances Publiques, va plus loin dans ses réflexions en insistant sur l’importance de l’intégrité, de l’honnêteté des fonctionnaires de l’État. C’est la raison pour laquelle il plaide pour la transparence budgétaire la plus totale. « Le budget est avant tout un outil politique qui permet de définir les grandes visions économiques et d’orienter l’ensemble des actions du pays sur une période de temps », souligne l’économiste Etzer Emile. En ce sens, l’élaboration du budget doit être inscrite dans le cadre d’un programme et en vertu d’une pensée économique qui fait de la création d’emploi une priorité, fait valoir l’auteur de « Haïti a choisi de devenir un pays pauvre ».

Marc Evens Lebrun

 

Modèle de logements sociaux privilégiés par le Gouvernement.
Modèle de logements sociaux privilégiés par le Gouvernement.

Des chiffres significatifs (2018)

  • 59% de la population haïtienne (soit 6 millions) vivent sous le seuil de pauvreté avec 2,41 dollars par jour.
  • 24 % de la population haïtienne (2,5 millions) vivent sous le seuil de pauvreté extrême avec 1,23 dollar par jour.