BIC : l’artiste atypique

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ROOSEVELT SAILLANT, alias BIC, a commencé sa carrière en l’an 2000 avec le groupe FLEX. Photographie par 701Entertainment

Ses textes sont étudiés, décortiqués et surtout bien appréciés. L’ambassadeur de l’Organisation internationale de la francophonie, Roosevelt Saillant, dit BIC, vient de publier son sixième album, Vokabi-Lari. Sa plume et sa musique servent à forger une génération consciente.

BRAIN-INTELLIGENCE-CREATIVITY, tels sont les mots qui définissent BIC. Roosevelt Saillant, né le 23 avril 1975, partage avec nous son histoire de vie, dans son studio comblé de trophées à Delmas, quartier où il a grandi. Un parcours atypique pour un artiste en pleine évolution.

Au début, BIC n’aimait pas la musique. Sa passion était plutôt le football. Pour lui, être devenu musicien aujourd’hui est un accident. « Il n’était pas permis que je sois artiste car, avec ma mère à la maison, ce n’était guère concevable », explique-t-il. Celle-ci, qui voulait une éducation exemplaire pour ses sept enfants, faisait de son mieux pour les canaliser dans une voie qui les épargnerait de toutes les dérives. Chez BIC, la musique n’était pas de bon goût et être artiste n’était pas du tout bien vu. A l’école, le jeune Roosevelt Saillant fut un passionné de littérature et d’écriture. Les textes qu’il produisait lui ont valu la dénomination d’une marque de plume, BIC. Après l’école classique, il entama l’étude de l’informatique et il décrochera deux ans plus tard son diplôme. Ensuite, il choisit l’interprétariat bilingue et enseigna l’anglais pendant plusieurs années dans des écoles classiques et commerciales de la capitale. Sa carrière musicale officielle a commencé en l’an 2000 avec le groupe FLEX et un premier album : Pouki.

Pas engagé, mais plutôt conscient

BIC est surtout connu pour la percussion de ses textes, la qualité de sa musique et surtout son utilisation originale de la langue créole. Très souvent, on le décrit comme un artiste engagé défiant le statu quo et qui promeut certaines valeurs. Il se définit plutôt comme un artiste « conscient » qui prend en compte l’environnement dans lequel il évolue : « Dans ma musique, je n’oppose pas de camps, ni de clans. Je mets la société en face d’un miroir afin qu’elle se regarde et qu’elle décide de ce qu’elle doit faire. » Il chante la vie, la mort, les femmes et Haïti avec une poésie dont lui seul a le secret. « Je ne suis pas l’artiste qui fait la promotion des armes, de la drogue, de la violence et du style dépravé. Mon inspiration me vient de mon environnement, notamment des rapports sociaux », explique-t-il. Suite à la dissolution du groupe FLEX, en 2004, BIC produit un an plus tard l’album Wow et, en 2008, Plus loin. En 2010, il publie Kreyòl chante, kreyòl konprann et, en 2012, Kreyòl chante, kreyòl konprann vol II. En 2014, c’est le tour de Recto Verso, qu’il a finalisé pendant sa résidence à la Cité Internationale des Arts à Paris. Le 18 mai 2016, il vient de publier Vokabi-Lari. « Un grand cru destiné notamment aux jeunes de la rue, auxquels on a trop longtemps offert de la musique de bas niveau », fait-il savoir.

Un parcours réussi
Ses textes sont étudiés actuellement à la Faculté de Linguistique appliquée de l’Université d’Etat d’Haïti. En 2014, l’artiste a fait une tournée en Europe, où il a pu partager la magie de sa poésie dans des ateliers d’écriture avec des jeunes en Roumanie. Aux côtés de BélO et Jean Jean Roosevelt, BIC est actuellement l’un des ambassadeurs de l’Organisation internationale de la francophonie (OIF) en Haïti. Il travaille surtout avec de jeunes talents et a collaboré avec des ténors de la musique haïtienne comme Emelyne Michel, Lionel Bejamin et Beethovas Obas.

BIC, qui a aujourd’hui 41 ans, est le père deux filles de 16 ans et de 10 ans. Il vit paisiblement sa vie avec sa femme et ses enfants. Il n’est pas l’artiste des scandales car il a su, depuis longtemps, se forger une discipline de vie qui le met à l’abri des désagréments. Aujourd’hui, BIC se consacre entièrement à sa vie d’artiste à partir de laquelle il tire une certaine satisfaction depuis 2014.

L’artiste souhaite que chaque Haïtien possède aujourd’hui son Vokabi-Lari. Ce dernier album se vend au prix de 125 gourdes. « Je n’accepterai de la part de quiconque se revendiquant fan de BIC de ne pas posséder son Vokabi-Lari », martèle-t-il. BIC compte aller à la rencontre des jeunes partout à travers le pays et leur proposer son album. Actuellement, il dit vider son esprit pendant un temps avant de rentrer en studio pour la production d’un prochain album.

Ralph Thomassaint Joseph