Bandes dessinées: Djatawo, Premier Super- Héros Haïtien

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Alfred Apollo est un architecte avec une vie des plus ordinaires mais son existence prend un tournant décisif lorsqu’il hérite du disque solaire Zemi et du pouvoir de devenir Djatawo, le premier justicier masqué haïtien. C’est dans l’imaginaire d’Anthony Louis-Jeune que le personnage a pris naissance avec le but d’inspirer la jeunesse du pays.

Depuis quelques mois, Anthony Louis-Jeune (Aton de son nom d’artiste) parcours les ÉtatsUnis pour présenter Djatawo dans les plus grandes foires du livre. Ce projet a démarré il y a trois ans, alors qu’il complétait sa thèse en illustration à l’école de design Altos de Chavon en République dominicaine. Il a voulu choisir un projet qui pourrait être bénéfique pour son pays, Haïti, et a opté pour une œuvre fonctionnelle : le premier « comic book » haïtien.

Les enjeux de la société  haïtienne en toile de fond

Le travail de création de cette bande dessinée est minutieux. Créer un tome des aventures de Djatawo prend plusieurs semaines. La phase de développement de la trame narrative est assez rapide car ce ne sont pas les problèmes à résoudre qui manquent en Haïti. La préoccupation première d’Anthony Louis-Jeune est de raconter des histoires qui font réfléchir collectivement et surtout qui mettent en lumière des enjeux pressants de société. Une fois le concept de l’histoire développé, Aton pose les premières esquisses d’images sur un story-board pour avoir une idée plus claire de la direction que l’aventure prendra. Suite à cette étape, son partenaire, Cédrick Lafond, rédige les textes qui accompagneront les dessins.


3-Avec-encadreAnthony Louis-Jeune, alias Aton, souffre de deutéranopie, un état qui ne lui permet pas de faire la distinction entre les couleurs dans les palettes vert-jaune ou rouge. Cet artiste visuel, musicien, poète et parolier hip-hop a dû travailler fort pour surmonter ce handicap physique afin de percer dans le milieu de l’art visuel. Le dessin a été toujours été sa passion. Il a étudié à la prestigieuse école de design Altos de Chavon en République dominicaine. Aton est inspiré par la culture, l’histoire, les mystères du monde, la société… Ses peintures et illustrations sont davantage que de simples voyages dans son imaginaire, elles sont des passerelles vers son intérieur. Ses œuvres sont inspirées par la culture haïtienne et ses expériences de vie. Ses créations sont une fusion entre l’art contemporain, l’impressionnisme, le pop art et l’illustration. Sa condition de daltonien le force à utiliser des couleurs par leur ton et les sentiments qu’elles suscitent en lui, ce qui rend ses œuvres uniques et vibrantes.


Un troisième tome en préparation

L’imagination d’Anthony LouisJeune est débordante mais, surtout, sensible à ce qui l’entoure. Les deux premiers tomes des aventures de Djatawo en témoignent. Lors de sa première mission, Djatawo affrontait le vilain Fatras. L’histoire, campée dans une Port-au-Prince insalubre, raconte comment deux hommes d’affaires crapuleux responsables de la gestion des déchets de la capitale décident de se débarrasser des détritus qu’ils collectent dans un quartier résidentiel plutôt que dans un espace sécurisé. Une querelle entre les deux hommes entraînera la chute d’un des deux dans des déchets chimiques qui le transforment en l’habituel méchant qui terrorisera la ville. Djatawo affronte cet ennemi pour rétablir l’ordre et, par la même occasion, sensibiliser sur la question environnementale dans le pays. La deuxième aventure du premier super-héros haïtien aborde la question rarement soulevée de la pollution sonore ou encore de l’influence négative que peuvent avoir certains groupes musicaux sur la jeunesse.
Dans les deux cas, Djatawo utilise ses pouvoirs de téléportation et son chakra pour sensibiliser les personnes et leur faire réaliser l’importance du respect des droits humains et du vivre ensemble.
En pleine préparation du 3e tome qui transportera Djatawo au Brésil, Aton travaille également sur une campagne de sensibilisation et de prévention face à certains problèmes sociaux et environnementaux qui mettront en vedette son personnage fétiche. Des projets de film et de jeu vidéo sont également à l’étude. Anthony LouisJeune rêve de voir son super-héros reconnu internationalement. Sa plus grande fierté est d’avoir pu réaliser un projet à travers lequel les jeunes Haïtiens peuvent rêver dans un environnement et des repères qu’ils connaissent, mais aussi d’avoir réussi à créer un médium lui permettant de délivrer des messages sociaux en dehors des canaux politiques.
                                                                                                                                               Carla Beauvais