Absente pour les raisons suivantes…

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Cossy Roosevelt/ Challenges
Cossy Roosevelt/ Challenges

Quelques minutes après que les émeutes aient éclaté à Port-au-Prince, une question était sur toutes les lèvres : « Où est passée la PNH » ? En l’absence de la Police Nationale d’Haïti, des émeutiers ont barricadé, pillé et incendié des magasins. Une absence interprétée de diverses manières par les observateurs, les victimes et les membres du gouvernement.

Absence suspectepour certains
Les propriétaires de magasins saccagés sont les premiers à avoir indexé les policiers pour leur comportement jugé passif. Ces responsables d’entreprises disent ne pas comprendre comment des gens ont pu piller des dépôts de marchandises durant des heures sans que la police n’intervienne. Pour eux, la PNH s’est rendue complice ou tout au moins n’a pas été à la hauteur de leur mission qui consiste à « protéger et servir ». « Le comportement des agents de l’ordre durant ces émeutes est tout simplement déconcertant », estime le directeur général du Ministère des Affaires Sociales, également porte-parole du parti au pouvoir, le PHTK.

Rudy Hérivaux qui intervenait sur les ondes de plusieurs médias de la capitale pense qu’une enquête doit être diligentée en vue de déterminer les motifs réels de l’attitude affichée par les policiers lors des protestations violentes survenues du 6 au 9 juillet. L’absence des agents de la PNH sur le terrain a été propice aux casseurs et pilleurs qui ont commis leur forfait en toute quiétude, déplore l’ex ministre de la communication. Des organisations du secteur des droits humains ont une tout autre lecture de la situation. La fondation JE KLERE et le Centre d’Analyse et de Recherche en Droit de l’Homme imputent la responsabilité à l’exécutif qui a tout simplement « erré ». Selon elles, ces tumultes étaient prévisibles compte tenu de la situation économique du pays qui ne cesse de se détériorer à un rythme inquiétant. « Ce soulèvement populaire est la conséquence logique d’une mauvaise gouvernance du pouvoir en place », soulignent ces organisations de défense des droits humains.

La PNH a été prise au dépourvu
« Contrairement à ce que pensent certains, la PNH n’a pas été passive face aux évènements violents qui se sont produits notamment à Port-au-Prince, les 6 et 7 juillet 2018 », se dédouane le Directeur Général de la police haïtienne. Selon Michel-Ange Gédéon, le gouvernement n’avait pas daigné informer la PNH, avant d’annoncer officiellement sa décision d’augmenter les prix de l’essence à la pompe dans l’après-midi du 6 juillet. « Nous avons donc été pris au dépourvu et n’avons pu appliquer aucun plan de sécurité susceptible de donner résultats », a-t-il révélé. D’ailleurs, certains hauts gradés et responsables de commissariats ont été informés de ladite mesure qu’à travers les réseaux sociaux. Le Directeur général de la Police Nationale d’Haïti a évoqué un « manque d’effectif » pour justifier la très faible présence des policiers dans les rues au moment des casses. Par exemple, le Corps d’Intervention et de Maintien de l’Ordre (CIMO) a été contraint d’annuler les congés et permissions de ses agents. Outre ce problème d’effectif, le personnel cantonné dans l’aire métropolitaine faisait face à un manque de carburant. Du reste, il n’y avait pas assez de véhicules disponibles pour les interventions, selon les informations rapportées par des médias locaux. Pire, « Il y avait un problème de coordination au niveau du gouvernement par rapport à la question de l’augmentation des prix de l’essence », a rapporté Michel-Ange Gédéon. Il confie, qu’une semaine avant cette décision, il ne savait pas exactement quand elle allait entrer en vigueur.

Un complexe commercial pillé et incendié à Delmas 32. Georges H. Rouzier/ Challenges
Un complexe commercial pillé et incendié à Delmas 32. Georges H. Rouzier/ Challenges

La PHN condamne et se rattrape
Très vite, soit le lendemain du début des protestations, la Direction Générale de la PNH avait sorti une note dans laquelle elle déplorait et condamnait les actes de pillage et d’incendie d’entreprises. L’institution a formellement mis en garde « les esprits mal intentionnés » qu’elle ne tolérerait pas la destruction, le pillage et l’incendie de la propriété privée sous quelque prétexte que ce soit. Invitant ses membres à agir dans le cadre de la loi, la Direction Générale de la PNH leur a demandé de sévir avec beaucoup rigueur contre les malfrats qui troublent la paix et la sécurité du pays. Et pour booster ses « soldats », le DG de la police nationale a lui-même pris la tête du peloton dans les rues pour superviser les opérations de maintien de l’ordre. Ainsi, il a été remarqué lundi matin dans la commune de Carrefour, aux côtés des policiers qui tentaient de dégager la chaussée des barricades et rétablir l’ordre et la paix dans cette zone durement touchée lors des émeutes. « En dépit du fait que les émeutiers ont occupé les rues avant nous, ce qui représente un sérieux désavantage pour les forces de l’ordre, nous avons pu faire de notre mieux », explique le responsable de la police. Michel-Ange Gédéon indique que si les policiers n’avaient pas su ce qu’ils devaient faire, la situation aurait été beaucoup plus grave. À noter que même la PNH a enregistré des pertes et des victimes dans son camp. Des matériels roulants appartenant à l’institution ont été endommagés ou incendiés, des commissariats ont subi des attaques et au moins un agent a perdu la vie durant cette vague de violences qui s’est déchaînée sur Port-au-Prince et ses environs.

Wandy Charles