À quand l’école gratuite en Haïti ?

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Photographies par Georges H. Rouzier/ Challenges
Photographies par Georges H. Rouzier/ Challenges

Le droit à l’éducation signifie l’Éducation pour tous, et tous, sans exception. Cependant, ce droit universel reconnu dans la Constitution haïtienne de 1987 en son article 32 n’est toujours pas appliqué. Du coup, la loi mère est bafouée, et le droit de milliers d’enfants violé.

Le Système éducatif haïtien accueille aujourd’hui environ 2 millions 691 mille 759 élèves au niveau de 15 mille 682 écoles. Alors que le secteur public reçoit 20 % des élèves, soit un effectif de 538 mille 963 dans 9 % des écoles (1 420), le secteur privé accueille 80 % des élèves soit 2 millions 152 mille 796 élèves dans 91 % des écoles soit 14 mille 262 écoles non publiques, selon des données recueillies sur les sites internet officiels du Ministère de l’éducation nationale et de l’UNICEF. Et pourtant, l’article 32.1 de la Constitution de 1987 précise clairement : « L’éducation est une charge de l’État et des collectivités territoriales qui doivent mettre l’école gratuitement à la portée de tous, veiller à la formation des enseignants des secteurs public et non public ».

Un écart énorme entre la loi et la réalité
« L’État garantit le droit à l’éducation. L’enseignement est libre à tous les degrés. Cette liberté s’exerce sous le contrôle de l’État », selon l’article 32 de la Constitution amendée. Pourtant, à en croire les chiffres, l’État n’arrive même pas à contrôler ¼ du système éducatif haïtien qui, à 80 %, est à la charge du secteur privé. L’article 32.3 qui se lit comme suit : « L’enseignement fondamental est obligatoire. Les fournitures classiques et le matériel didactique seront mis gratuitement par l’État à la disposition des élèves au niveau de l’enseignement fondamental ». En ce sens, il incombe à l’État de mettre des ressources économiques dans son budget pour garantir le Droit à l’Éducation par le biais du Ministère de l’Éducation Nationale et de la Formation Professionnelle (MENFP). Cette obligation faite à l’État est renforcée par la Convention internationale des droits de l’enfant ratifiée par Haïti le 23 décembre 1994. Cette dernière, en son article 28-1, stipule que : « Les États parties reconnaissent le droit de l’enfant à l’éducation, et en particulier, en vue d’assurer l’exercice de ce droit progressivement et sur la base de l’égalité des chances ». Comme devoir : a) Ils rendent l’enseignement primaire obligatoire et gratuit pour tous ; b) Ils encouragent l’organisation de différentes formes d’enseignement secondaire, tant général que professionnel, les rendent ouvertes et accessibles à tout enfant, et prennent des mesures appropriées, telles que l’instauration de la gratuité de l’enseignement et l’offre d’une aide financière en cas de besoin ; c) Ils assurent à tous l’accès à l’enseignement supérieur, en fonction des capacités de chacun, par tous les moyens appropriés ; d) Ils rendent ouvertes et accessibles à tout enfant l’information et l’orientation scolaires et professionnelles et enfin ; e) Ils prennent des mesures pour encourager la régularité de la fréquentation scolaire et la réduction des taux d’abandon scolaire.

Une gratuité aux enchères
Le coût de l’éducation dans les instructions privées, notamment dans les écoles congréganistes (Catholiques) atteint parfois des sommes exorbitantes. Les parents n’arrivent pas toujours à exécuter auprès des économats les sommes exigées. Ce qui, selon l’ancien ministre de l’éducation nationale Nesmy Manigat, dans une entrevue accordée à « Chokarella », augmente le taux de la déperdition scolaire.

Des élèves suivent un cours de dessin géométrique.
Des élèves suivent un cours de dessin géométrique.


Un PSUGO raté
Initié en octobre 2011 dans le cadre d’un projet officiel de 5 ans, le Programme de Scolarisation Universelle Gratuite et Obligatoire (PSUGO) de l’ancien président haïtien Michel Joseph Martelly, prend ainsi en charge les frais des deux premiers cycles du fondamental (primaire) dans 9 000 écoles non publiques et 2 500 écoles publiques, afin de garantir l’accès à l’éducation à environ 1,5 million d’enfants âgés de 6 à 12 ans, en 2016. Son principal objectif a été de surmonter les obstacles structurels et de promouvoir l’instruction des enfants défavorisés vivant en situation de précarité. La formule de financement repose sur plusieurs catégories. La subvention, dont le montant est calculé en fonction des effectifs, avec un maximum de 45 élèves par classe, est limitée à six classes et un total de 270 élèves par école. Les montants s’élèvent à 4 USD (280 gourdes au 18 septembre 2018) par élève du public et à 69 USD (4 830 gourdes) par élève du privé. Cette différence s’explique par le fait que la subvention du PSUGO couvre également les salaires des enseignants non fonctionnaires. 7 ans après, le PSUGO tourne au fiasco et des milliers d’enfants continuent d’être privés de ce droit qu’est celui d’avoir une éducation gratuite. Les droits de ceux qui paient sont violés et aucune politique sur le mode de paiement n’a été adoptée par les écoles catholiques, quoique la loi sur les frais scolaires, parrainée par le sénateur Kelly C. Bastien datant de 2009, promulguée le 3 janvier 2017, ait été adoptée par le parlement haïtien.

Marc Evens Lebrun