À quand la fin de la violence envers les femmes haïtiennes?

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Istock / Getty images
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Mettre fin aux violences faites aux femmes est un long combat à mener. Alors qu’Haïti célèbre le 25 novembre de chaque année la Journée Internationale pour l’Élimination de la Violence contre les femmes, les statistiques restent préoccupantes.

Comme le veut la tradition, le 25 novembre de chaque année, le Ministère à la Condition Féminine et aux Droits des Femmes (MCFDF) se mobilise pour rappeler l’importance de la lutte contre les violences faites aux femmes. Les Nations Unies quant à elles avaient jugé nécessaire de mettre l’emphase sur les violences machistes : harcèlement, viol, sexisme au travail, violence conjugale…Il s’agit d’une problématique mondiale qui doit impliquer un ensemble de secteurs. À juste titre, en Haïti, des organisations telles Panos, FRENACAH et REFRAKA ont décidé de conjuguer leurs forces en vue d’éradiquer le phénomène de la violence faite aux femmes, ainsi que les faits et habitudes qui violent leurs droits, notamment en politique. Alors qu’une femme sur trois est toujours victime de violence physique ou sexuelle, aucune politique d’équité ne trouve encore son applicabilité dans le pays. Le sexisme demeure encore un fléau à arrêter, comme en témoignent les chiffres avancés par l’EMMUS IV : 28 % des femmes de 15-49 ans sont victimes de violences physiques ; 50 % en sont sorties avec des blessures ; 29 % des violences émotionnelles ; 7 % de la population féminine est susceptible d’un viol.

Violence et exclusion
« Seulement 4 femmes sont à la Chambre des députés et une au Sénat », déplore l’activiste et féministe engagée Gaëlle Bien-Aimé, mettant en cause un problème d’exclusion. Elle avance pour preuve le dernier Cabinet du Premier ministre Jean-Henry Céant comprenant moins de 30 % de femmes contrairement à ce que recommande l’article 17.1 de la constitution haïtienne amendée de 1987. Avec 5 femmes sur les 18 ministres nommés et les 5 autres cadres élevés au rang de ministre par délégation, le taux ne serait que de 26 %, en dessous du seuil minimal de 30 %. De son côté, Pascale Solage, la responsable de l’association Nègès Mawon (une association qui milite pour le respect des droits des femmes) souligne que : « Ce manque d’implication des femmes s’explique par leur manque d’intérêt à la chose publique en raison des violences que subissent celles qui osent s’engager en politique. Cette situation constitue un défi majeur à l’établissement d’un système démocratique en Haïti ».

Nice Simon, un cas de plus
Les violences exercées sur la mairesse de Tabarre, dernier scandale en date, sont une preuve de plus de la plaie qui ronge la notion de genre en Haïti. Des photos qui circulent sur les réseaux sociaux montrent le corps de l’actrice de « I love you Anne », couverte de rougeurs, des traces témoignant de la brutalité dont elle a été victime de la part de son compagnon Yves Léonard. Ce cas qui a défrayé la chronique démontre le niveau de vulnérabilité des femmes par rapport à certains hommes qui se comportent en prédateurs. Et le pire, c’est que la justice haïtienne préfère garder un profil bas dans ce genre de dossiers qui ne cesse de se multiplier dans le pays.

Pour mieux comprendre la violence
D’abord, les termes violence à l’égard des femmes, selon l’article 1er de la Déclaration sur l’élimination de la violence à l’égard des femmes, désignent « tous actes de violence dirigés contre le sexe féminin, et causant ou pouvant causer aux femmes un préjudice ou des souffrances physiques, sexuelles ou psychologiques, y compris la menace de tels actes, la contrainte ou la privation arbitraire de liberté, que ce soit dans la vie publique ou dans la vie privée ». Cette définition est renforcée par l’article 2 de la Convention interaméricaine qui entend par violence contre la femme : « la violence physique, sexuelle ou psychique se produisant dans la famille ou dans le ménage ou dans toute autre relation interpersonnelle, que l’agresseur ait partagé ou non la même résidence que la femme, se manifestant, entre autres, sous forme de viols, mauvais traitements ou sévices sexuels ; se produisant dans la communauté, quel qu’en soit l’auteur, et comprenant entre autres, les viols, sévices sexuels, tortures, traite des personnes, prostitution forcée, séquestration, harcèlement sexuel sur les lieux de travail dans les institutions d’enseignement, de santé ou tout autre lieu ; et perpétrée ou tolérée par l’État ou ses agents, où qu’elle se produise ».

Marc Evens Lebrun