À la rencontre des cultures créoles

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Do-Kre-I-S met en valeur l'art et l'écriture. Photographies par Georges H. Rouzier / Challenges
Do-Kre-I-S met en valeur l'art et l'écriture. Photographies par Georges H. Rouzier / Challenges

Port-au-Prince a accueilli du 20 au 28 octobre 2018 les « Rencontres des Cultures Créoles ». Pour sa deuxième édition, le festival a ouvert une fenêtre sur les cultures autochtones du Canada menacées d’extinction et a accueilli la Guadeloupe, pays à l’honneur cette année. Spectacles, lectures-scéniques, conférences-débats, causeries, ateliers de formation et projections cinématographiques composaient la riche programmation de ce festival qui s’est étendu sur 9 jours.

Do-Kre-I-S, un magazine culturel haïtien.

Les Rencontres des cultures créoles sont une manifestation culturelle réalisée en Haïti par l’Association Vagues Littéraires (AVL) dans le but de promouvoir la créolisation, la mondialité, tout en mettant en exergue les richesses artistiques et culturelles des pays créolophones. Depuis la première édition en octobre 2017, elles sont une occasion de rencontres, d’échanges et de partage à travers de nombreuses disciplines artistiques comme la musique, le cinéma, la gastronomie, la peinture, la performance. C’est aussi un espace de dialogue et de débat autour des créations littéraires et des productions scientifiques.

« Dispersées par la déportation et l’esclavage, les cultures des peuples créoles sont comme un miroir en éclaboussures. Des gouttelettes à rassembler, des morceaux à reconstituer pour redessiner l’image du monde. Dans la perspective d’appréhender l’avenir entre les lignes du passé, les rencontres des cultures créoles s’imposent, car elles sont sans doute un lieu fécond de possibles », soutient Jean Erian Samson, le coordonnateur de l’Association Vagues Littéraires et directeur de publication de la revue DO-KRE-I-S. Par le prisme des échanges qu’elles provoquent, ajoute-t-il, « nous pouvons assembler des paroles et rebâtir l’histoire, réparer les fissures de l’oubli et/ou de l’ignorance, plonger dans le regard de l’autre pour respirer nos vies perdues dans les lisières des vagues déchues et pour partager notre part d’humanité ».Pour donner sens à cette philosophie de partage entre Haïti et d’autres pays créolophones de la Caraïbe, le festival a accueilli une belle brochette d’artistes (Dominik Coco, Dominique Hubert, Gérard Théobalt, Laurence Maquiaba, Nadège Lorela Descombes, Philippe Bon, Jean Claude Nelson, Valérie Samuel Césarus…) venus de la Guadeloupe, pays invité d’honneur cette année. C’était aussi l’occasion de lancer le deuxième numéro de la revue DO-KRE-I-S qui traite la thématique du Miroir, et d’ouvrir une fenêtre sur les cultures autochtones du Canada menacées d’extinction ; plusieurs artistes autochtones canadiens, dont Natacha Canapé Fontaine, ont partagé les scènes durant le festival pour enrichir ce dialogue interculturel. Le vernissage de l’exposition photographique « Voyage autour du Madras » de Nadège Descombes, photographe guadeloupéenne, était aussi au programme. Jean Jean Roosevelt a assuré la soirée d’ouverture tandis que Dominik Coco et Tamara Suffren ont clôturé le festival.

De gauche à droite: Samuel Suffren, Adine Barak, Nadège escombes et Jean Erian Samson.

Fondée en juillet 2016, l’Association Vagues Littéraires participe à la diffusion et à la promotion des créations littéraires et artistiques contemporaines. Cette structure culturelle et apolitique intensifie les actions culturelles en Haïti en proposant des espaces alternatifs d’échanges et de rencontres entre diverses sphères culturelles afin d’encourager la diversité. L’Association Vagues Littéraires propose deux festivals sur l’année. Il y a tout d’abord la quinzaine du livre « Vagues Littéraires » réalisée en partenariat avec Les Éditions des Vagues, qui vise à offrir aux jeunes d’Haïti une ambiance propice leur permettant d’avoir un contact continu avec les livres durant l’été. Il y a ensuite les Rencontres des cultures créoles réalisées en Haïti durant le mois d’octobre qui offrent des scènes pluridisciplinaires aux créateurs créolophones/francophones du monde. L’association comporte également DO-KRE-I-S, une revue haïtienne bilingue – créole, français – qui promeut les langues et cultures créoles et qui constitue un espace de dialogue pour les différentes nations qui partagent ces outils.

Aljany N. Zephirin