Rapatriés : Les Haïtiens de Montréal en colère

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Le 8 août a débuté à Montréal une série de manifestations pour exiger des interventions humanitaires au nom des rapatriés. Avec quelles attentes?

Des centaines d’Haïtiens de Montréal se sont mobilisés samedi 8 août au cours d’une manifestation pacifique pour exiger que le gouvernement canadien se prononce sur l’expulsion des Haïtiens de la République dominicaine, sans aucun accord de rapatriement. « De l’aide, du logement, des centres de santé, des projets de développement, le Canada doit se faire entendre, il doit agir! » Tels sont les slogans qui avaient été programmés pour cette « Marche de la Solidarité » organisée par les Haïtiens du Canada. Plus de 10% des 105 300 personnes nées en Haïti et qui vivent au Québec, et leurs enfants nés au Canada, soit un total de 150 000 citoyens québécois d’origine haïtienne, se sont manifestés dans leur grande majorité dans des pétitions pour dire «Oui à Haïti! Non à la République dominicaine! Non à la dénationalisation!»

Au départ du parc Toussaint-Louverture
La marche a débuté dans un parc de Montréal, baptisé parc Toussaint-Louverture, au bout de Maisonneuve Est, Rue St Dominique, près du Métro St Laurent. La police de Montréal a entouré les quelque 600 manifestants de l’association québécoise Unissons- Nous, supportés par des dizaines de personnalités canadiennes. « Cette marche de la solidarité du 8 août démontre que les Haïtiens, partout où ils sont, restent solidaires de la patrie de Dessalines et qu’il n’est pas question de reculer, ni de se résigner, estime Robert Monlouis, immigré haïtien au Canada. S’il faut se battre, nous nous battrons avec les armes du coeur et de l’esprit. » Marjorie Roland de l’UQUAM (Université du Québec à Montréal) croit pour sa part que « la meilleure bataille est de pouvoir offrir du travail à nos compatriotes, ouvrir des usines agro-industrielles modernes, des campus universitaires de haut niveau et de créer des opportunités financières pour leur avenir. » Jean David Prophète, de DP Montreal-Consultants, déclare quant à lui qu’une marche de colère ne suffit pas: « Il faut maintenant savoir compter ses pas pour aller plus vite dans la bonne direction avec pour vision la prospérité, l’autonomie et une réelle indépendance! » Joël Jeaniton, chauffeur de bus à Toronto, explique de son côté qu’il serait prêt à retourner en Haïti pour faire travailler ses 200 carreaux de terre en production d’ananas à exporter « si les conditions de sécurité sont rétablies, car avec 200 000 nouvelles ressources humaines, Haïti pourrait démontrer à la République dominicaine qu’elle est la première perdante dans cette guerre des nerfs. » Ou comment les rapatriés peuvent être perçus comme une force!

La rédaction