10 chanteuses haïtiennes en 10 chansons d’amour

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Ralph Boncy connaît la musique. La musique du monde entier ! Il est l’auteur de l’ouvrage Grandes dames de la musique haïtienne. Il nous semblait donc la personne idéale pour parler des grandes chanteuses du pays. Mais, pour lui rendre la tâche un peu plus complexe, nous lui avons proposé le titre de quelques-unes des plus belles chansons d’amour françaises et demandé de nous dire quelle chanteuse haïtienne pourrait se réclamer de ces odes à l’amour !
Carla Beauvais


Né à Port-au-Prince, Ralph Boncy a été tour à tour promoteur de spectacles, auteur, compositeur mais aussi réalisateur et directeur artistique. Il a signé ou cosigné plus d’une centaine de chansons et gère les carrières du groupe Zèklè et d’Émeline Michel. Installé à Montréal depuis 1997, il a été journaliste pour le journal Voir et le magazine L’Actualité. Il a également été l’animateur de l’émission de télévision Rythmes du Monde, puis directeur musical, simultanément pour Musique Plus et Musimax puis pour Radio jazz et Couleur Jazz 91,9FM. À Radio Canada depuis 2007, il occupe diverses fonctions (rédacteur, chroniqueur, co-animateur, édimestre) à la Première Chaîne (95.1), à la chaîne musicale (100.7) ainsi que pour les différentes déclinaisons du portail musical en ligne ICI Musique. Il a publié plusieurs ouvrages sur la musique dont Chansons et prétextes (1988) et La chanson d’Haïti (1992) aux Éditions du CIDHICA.


Il est possible de découvrir le parcours de ces chanteuses et de plusieurs autres dans le livre Grandes dames de la musique haïtienne, porté par la Fondation Haïti Jazz et l’association Ayiti Mizik, publié par les Éditions Nota Bene.
Dans ce livre, Ralph Boncy raconte de grandes figures féminines de la musique haïtienne qui ont marqué l’imaginaire autant en Haïti
que sur la scène internationale.

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TOTO BISSAINTHE
Ne me quitte pas
(Jacques Brel)
« Toto a été la première au monde à chanter cette chanson… en créole ! Avec des textes de Jacqueline Scott, librement inspirés des chefs-d’œuvre de Brel, Ferré et Moustaki, elle ose incarner la femme humiliée, dépravée, marginale. De quoi choquer la bourgeoisie port-au-princienne en allumant l’étincelle de l’art. Rien de moins. »

TI CORN
(Cornelia Schütt)
Et si tu n’existais pas
(Joe Dassin)
« Les notions de “terre natale” et de “langue maternelle” prennent des valeurs relatives, ironiquement, dans le cas de Ti Corn. Née en Allemagne presque par accident de parents Berlinois, elle rejoint quelques mois plus tard sa famille établie au Cap-Haïtien depuis 1832 ! Son amour pour le pays tropical, elle le chante à tue-tête et en vernaculaire avec l’accent du Nord. Un cas unique qu’il nous aurait fallu inventer s’il n’existait pas comme cette adorable Cornelia qui s’est inventé un pays. »

MARTHA JEAN-CLAUDE
Il n’y a pas d’amour heureux
(Georges Brassens)
« Quand Martha est jetée en prison enceinte, sans aucune chance de revoir son amant en cavale traqué comme un révolutionnaire communiste, on chanterait volontiers, devant ce tableau sinistre la mélopée que Brassens a popularisée. Mais l’amour vaincra. Sortie à temps des geôles de Magloire, la chanteuse enfante à Cuba et se refait une vie là-bas. De quoi troquer ce refrain triste contre celui de Joséphine Baker J’ai deux amours, mon pays et La Habana. »

CAROLE DEMESMIN
Pour que tu m’aimes encore
(Céline Dion)
« Les paroles magiques des marabouts d’Afrique que chante Céline par les mots de Jean-Jacques Goldman, Carole la Léoganaise les décrypte et les dit sans remords pour que nous, nous l’aimions encore. Son talent d’exception éclôt à Boston à la fin des années 70 par les créations de Koralen, mais elle défend avant tout la culture d’Haïti et le vaudou en l’occurrence avec une passion et une fierté rarement égalées. »

LUMANE CASIMIR
Je suis malade
(Serge Lama)
« Lumane Casimir est morte poitrinaire, elle n’avait pas 35 ans. Son chant d’amour pour son pays a quelque chose d’unique et de tellement vibrant qu’on a du mal à l’imaginer seule et abandonnée dans un lakou du Fort Sinclair. Femme vaillante et femme troubadour, elle n’aurait fréquenté dans sa vie mouvementée que des hommes de passage qu’elle aurait elle-même choisis. »

CLAUDETTE PIERRE-LOUIS
Comme d’habitude
(Claude François)
« L’habitude et l’ennui, le ronron du mélancolique de cette camionnette bondée de chaleur humaine qui file et se dandine sur la route. Claudette-la-discrète nous vient de l’Arcahaie, la cité du drapeau. L’original (en français) de la chanson My Way racontait une journée dans la vie de Claude François et de France Gall, peu avant leur rupture en 1967. Et les choristes de Clo Clo s’appelaient Les Claudettes. »

RENETTE DÉSIR
La vie en rose
(Edith Piaf)
« Le 12 janvier 2010, Renette Désir s’est retrouvée coincée sous les décombres de l’université où sa soif de savoir et son sens des responsabilités l’avaient menée. Rescapée, miraculée, si elle ne voit pas la vie en rose ou bien en bleu, cette pétillante chanteuse, issue du gospel, profite désormais de chaque jour comme d’un trésor de plus à déguster avec la foi. Encore en pleine éclosion, tout son avenir est devant elle. Multicolore. »

BARBARA GUILLAUME
L’Essentiel
(Ginette Reno)
« Avec sa voix profonde et son coffre puissant, cette authentique fanm vanyan “vient nous chercher” vraiment, comme disent les Québécois, lorsqu’elle entonne cette chanson créée par l’Aznavour des grands jours pour la grande Ginette Reno. Une vie de sacrifices et d’engagement féministe entre le marché Salomon, Montréal-Nord et Cité Soleil, entre les soins de santé et la vocation politique : un parcours unique, un talent méconnu qui n’a pas dit son dernier mot. »

CÉCILE McLORIN SALVANT
She
(Charles Aznavour)
« Elle, c’est Cécile, 26 ans, la fille du docteur Salvant. Son histoire est un conte de fées livré en scat sur un rythme qui swingue. Révélée par le saxophoniste français Jean-François Bonnel, saluée par les critiques de jazz les plus chevronnés de par le monde, nommée au Grammys pour le disque Woman Child, elle a tout pour être aimée sur son nouvel opus For one to Love. Incomparable, elle est elle. She… »

YOLE DÉROSE
Savoir aimer
(Florent Pagny)
« C’est la main dans la main qu’Ansy Dérose et Yole Ledan chantent Merci et gagnent le podium du festival international de la chanson à Porto-Rico. Pendant trente ans, elle personnifie l’épouse modèle, le savoir aimer et la poétesse Anacaona, reine des Taïnos. Si sa carrière de chanteuse s’arrête en 1996, sa vocation artistique continue de se développer à travers les productions qui portent son nom et elle incarne encore le talent et la beauté immuables. »